UN HYMNE A OSIRIS

TRADUIT ET EXPLIQUÉ.

F. Chabas.
I.

[Extracted from RA, 14 1857, pp. 66-81.]



Malgré les grands progrès réalisés récemment dans la science du déchiffrement des hiéroglyphes, l'étude de la mythologie égyptienne a été jusqu'à présent négligée; les efforts des égyptologues se sont dirigés de préférence vers les documents historiques, dont les résultats sont généralement mieux appréciés. D'ailleurs, l'interprétation des textes religieux présente des difficultés particulières pour lesquelles nous ne sommes pas encore préparés.

Le Rituel funéraire est une mine abondante de renseignements sur les doctrines de l'antique Egypte, notamment en ce qui a trait aux destinées des morts dans les régions d'outre tombe; mais ces renseignements sont épars dans des textes encore obscurs pour nous, et dont l'étude exige un pénible labeur. Grâce à l'abondance des matériaux, il est permis d'espérer que cette branche importante de l'archéologie égyptienne sera bientôt attaquée avec fruit. Quant à présent, il est utile de recueillir, dans les textes originaux, toutes les notions qui pourront en être éliminées avec certitude. On rassemblera ainsi d'excellents matériaux qui se coordonneront aisément à mesure que les lacunes seront comblées, et la science égyptologique, dont les bases sont désormais solidement assises, ouvrira bientôt de nouveaux et larges horizons aux esprits sérieux qui interrogent avec une noble ardeur les premières manifestations connues de la pensée et de l'intelligence humaine.

Indépendamment de la collection de textes connue sous la dénomination de Rituel funéraire, on étudiera avec fruit les hymnes gravées sur les tombeaux des personnages de haut rang. M. de Rougé a fait connaître déjà celui du scribe Ap-hérou-mès, qui lui a livré quelques données curieuses sur la génération du soleil; mais les cantiques d'Osiris, que Plutarque mentionne sous le nom [p.66] de [Greek]1, sont de beaucoup les plus nombreux et les plus intéressants.

Mon travail a pour objet la traduction et l'élude d'une composition de ce genre dont le texte couvre une stèle appartenant à la Bibliothèque impériale. Ce monument m'a été signalé par M. Th. Devéria, qui le premier en avait reconnu l'importance. Je ne crois pas que celte remarquable inscription ait encore fait l'objet d'une étude analytique, et cependant, à mon avis, il en est peu qui méritent de fixer au même degré l'attention des égyptologues, au moins parmi les textes relatifs à des sujets mythologiques, La traduction que j'en publie aujourd'hui justifiera, je l'espère, cette appréciation.

Comme la plupart des monuments de celte espèce, la stèle dont il s'agit est arrondie par le haut; la partie semi-circulaire est décorée d'un tableau sculpté représentant deux scènes distinctes (voy. la planche 307, ci-jointe).

Dans la première, un personnage, nommé Amen-em-ha2, présente l'offrande funéraire à son père, l'intendant des troupeaux d'Ammon, Amen-mès3, et à sa mère Nefer-t-ari4, derrière lesquels se tient un jeune enfant, Amen-em-wa5.

Dans la seconde scène, un premier heb d'Osiris, nommé Si-eï6, couvert de la peau de panthère, insigne de ses fondions sacerdotales, offre l'encens à la dame Te-bok7. Le rapport de parenté de ces deux personnages avec les précédents n'est pas indiqué. A en juger par la signification du nom Te-bok, la servante, on pourrait supposer qu'Âmen-mès s'était choisi une seconde épouse dans sa propre domesticité.

Au-dessous se voit une rangée de personnages agenouillés, savoir: deux fils, Si-t-mau8 et Amen-ken9, et quatre filles, Merit-ma10, Amen-se-t11, Souten-mau12 et Haï-em-neler13.

[p.67]

Les deux yeux sacrés, séparés par le sceau, occupent le sommet de la stèle; dans d'antres monuments du même genre, on trouve à la place de ces signes le disque ailé autour duquel sont enroulés deux aspics. On n'a pas encore expliqué d'une manière satisfaisante le symbolisme de ces figures.

Le registre inférieur est rempli par une inscription hiéroglyphique de vingt-huit lignes dans un état parfait de conservation et d'un excellent style; il n'y a d'autres lacunes que celles qui ont été occasionnées par le martelage du nom d'Ammon, dans la désignation de la fonction du défunt, Amen-mès, et dans cinq des noms que je viens d'énumérer. Je l'y ai rétabli avec une entière certitude14.

Ce martelage nous fournil une limite inférieure pour l'appréciation de la date du monument. On connaît, en effet, la révolution religieuse accomplie par le successeur d'Âménophis IV, Khou-en-aten ou Akhou-en-aten15. Ce monarque institua le culte du Soleil rayonnant et persécuta avec acharnement celui du dieu Ammon, dont le nom fut partout effacé. Notre inscription est un curieux témoignage de celte poursuite fanatique qui fort heureusement épargna les autres dieux de l'Egypte; les louanges d'Osiris, d'Isis et d'Horus on télé respectées par le marteau de la proscription.

Nous devons donc tenir pour certain que ce monument est antérieur à Khou-en-aten. Il est probable, au surplus, qu'Amen-mès vécut sous Aménophis Ier; sa femme du moins porte le même nom que l'épouse chérie de ce monarque, Nefer-t-ari. S'il en est ainsi, Amen-em-ha, le dédicateur de la stèle, aurait été contemporain des premiers Thothmès, et cette conjecture s'accorde parfaitement avec la beauté des hiéroglyphes et le style des figures. Il n'y a pas à songer à l'époque de troubles qui précéda le règne d'Ahmès, et encore moins aux temps de l'ancien empire, dont les monuments ont un cachet fort différent. Aussi en rapportant au XVII siècle avant notre ère la date de la stèle, il est vraisemblable que nous nous écartons peu de la réalité16.

[p.68]

Je vais donner maintenant ma traduction de l'inscription, en la justifiant dans les notes par la discussion des principales difficultés. J'examinerai dans une autre partie les données mythologiques que nous livre ce texte, et j'essayerai quelques explications fondées sur le rapprochement de renseignements empruntés soit à d'autres sources originales, soit aux auteurs classiques.

La composition porte le titre «d'Adoration d'Osiris par l'intendant des troupeaux, .... fils de la dame Nefer-t-ari». Le martelage a fait disparaître le nom propre; mais nous voyons par la filiation qu'il faut restituer ici celui d'Amen-em-ha. Suivant l'usage égyptien, le nom de la mère est seul mentionné; le môme fait se reproduit à la dernière ligne de l'inscription17.

TRADUCTION:

«Adoration d'Osiris par l'intendant des troupeaux Amen-em-ha, ce fils de la dame Nefer-t-ari; il dit:

«Salut à toi, Osiris, seigneur de la longueur des temps, roi des dieux, aux noms multipliés, aux saintes18 transformations, aux formes19 mystérieuses20 dans les temples, être auguste résidant [p.69] «dans Tallou21, chef renfermé dans Sokhem, maître des invocations dans Oer-ti, jouissant de la félicité22 dans Hon, à qui il a appartient de commander dans le lieu de la double justice, âme mystérieuse du seigneur de la sphère, le saint du Mur-Blanc23, l'âme du soleil, son corps lui-même reposant en Souten-si-nen24; l'auteur des invocations dans la région de l'arbre Ner25; dont l'âme est faite pour la vigilance26; le seigneur de la grande demeure dans Sesennou; le plus grand des êtres27 dans Shas-hotep; le seigneur de la longueur des temps dans Abydos. Le chemin de [p.70] sa demeure est dans le To-sar28; il est stable de nom dans la bouche des humains. C'est un dieu de la terre, un Atoum qui parmi les dieux comble les êtres de félicité29, un esprit bienfaisant dans le lieu des esprits.

«De lui le Nil céleste30 tire31 ses eaux, de lui provient32 le vent, et l'air respirable33 est dans ses narines, pour sa satisfaction et pour les goûts de son cœur; il aère l'espace34 qui goûte la félicité, parce que ses astres [de l'espace] lui obéissent au haut des ci eux.

«Il ouvre les grandes portes, c'est le maître des invocations dans le ciel méridional et des adorations dans le ciel du nord; les con- [p.71] stellations qui se meuvent sont sous le lieu de sa face, ce sont ses demeures, ainsi que les constellations qui se reposent35. A lui est présentée l'offrande par l'ordre de Seb; les dieux l'adorent avec respect dans le firmament, les divins chefs36 avec révérence, [p.72] os tous, en supplications37. Ceux qui sont parmi les augustes38 a l'aperçoivent dans son autorité, et la terre entière lui rend gloire lorsque sa sainteté combat; c'est un Sahou illustre parmi les Sahous, grand de dignités, permanent d'empire. C'est le maître excellent des dieux, beau39 et aimable. Celui qui le voit lui accorde le respect, avec amour, dans toutes les contrées; tous ceux qui ont été exaucés par lui exaltent son nom au premier rang40. Il est maître de commander au ciel et sur la terre. Des acclamations multipliées lui sont adressées dans la fête d'Ouk, les acclamations des deux mondes unanimes.

[p.73]

«Il est l'aîné, le premier de ses frères, le chef41 des dieux; c'est lui qui maintient la justice dans les deux mondes, et qui place le fils sur le siège de son père; il est la louange42 de son père Seb, l'amour de sa mère Nou; très-vaillant, il renverse l'impur; invincible, il massacre son ennemi; il impose sa crainte à celui qui le hait; il emporte les boulevards43 du méchant; intrépide, ses pieds sont vigilants; c'est le fils de Seb, régissant les deux mondes, Il (Seb) a vu ses vertus et lui a commandé de conduire les nations par la main44 vers une prospérité multiple. Il a fait ce monde de sa main, ses eaux, son atmosphère, sa végétation, tous ses trou- [p.74] peaux45, tous ses volatiles, tous ses poissons46, tous ses reptiles et ses quadrupèdes. La terre rend justice au fils de Nou et le monde se délecte47 encore lorsqu'il monte sur le siège de son père, semblable au soleil; il brille à l'horizon, il donne la clarté48 à la face des ténèbres; il irradie la lumière par sa double plume; il monde49 le monde comme le soleil du haut de l'empyrée. Son diadème prédomine au haut des cieux et s'associe50 aux étoiles; c'est le guide51 de tous les dieux.

[p.75]

«Il est bon de volonté et de parole; il est la louange des grands dieux et l'amour des petits dieux.

«Sa sœur a pris soin52 de lui, en dissipant ses ennemis53 par une triple déroule54; elle émet55 la voix dans l'éclat de sa bouche; sage de langue56, sa parole ne faillit57 pas. Elle est bonne de volonté et de parole: c'est Isis, l'illustre, la vengeresse de son frère; elle l'a cherché58 sans se reposer59; elle a fait le tour60 de ce monde en se lamentant61; elle ne s'est point arrêtée sans l'avoir trouvé62; elle a fait de la lumière63 avec ses plumes64; [p.76] elle a fait du vent avec ses ailes; elle a fait les Invocations de l'enterrement de son frère; elle a emporté65 les principes66 du Dieu au cœur tranquille; elle a extrait son essence67; elle a fait un enfant; elle a allaité68 le nourrisson par un bras69. On ne sait pas où cela se passa70.

«Son bras (de l'enfant) est devenu fort dans la grande demeure de Seb. Les dieux sont dans la joie lorsqu'arrive Osiris, fils d'Horus, [p.77] intrépide, justifié, fils d'Isis, fils d'Osiris. Les divins chefs s'unissent71 à lui; les dieux reconnaissent le Seigneur universel lui-même. Les seigneurs de la justice qui y sont réunis72 pour disposer de l'iniquité sont ravis de rendre gloire dans la grande demeure de Seb au Seigneur de la justice73. Le règne de sa74 justice lui appartient. Horus a trouvé sa justification75; il s'avance couronné du bandeau royal par l'ordre de Seb. Il a pris la royauté des deux mondes: la couronne de la région supérieure est fixée sur sa tête. Par lui est jugé76 le monde dans ce qu'il contient; le ciel et la terre sont sous le lieu de sa face. Il commande aux humains, aux purs, à la race des habitants77 de l'Egypte et aux na- [p.78] lions étrangères78. Le soleil fait sa révolution79 selon ses plans, ainsi que le vent, le fleuve, les fluides, le bois des plantes vivantes et tous les végétaux. Dieu des semences80, il donne toute sa végétation elle kufi précieux; il réalise l'abondance81 et la donne à toute la terre. L'universalité des hommes est dans le ravissement82, les entrailles dans les délices, les cœurs dans la joie, à cause du Seignuur miséricordieux83. Chacun84 adore ses bontés; doux85 [p.79] est son amour en nous; sa tendresse86 environne les cœurs; grand est son amour dans toutes les entrailles.

«On rend justice au fils d'Isis: son ennemi tombe sous sa fureur87 et le fauteur d'iniquité au son de sa voix; le violent88 est à son heure suprême: le fils d'Isis, vengeur de son père, s'approche de lui.

«Sanctifiants et bienfaisants sont ses noms; la vénération89 [p.80] trouve sa place; le respect90 est immuable pour ses lois; la voie est ouverte, les sentiers sont ouverts; les deux mondes sont dans le contentement; le mal fuit91 et la terre se féconde92 paisiblement sous son Seigneur. La justice est affermie par son Seigneur qui menace93 l'iniquité.

«Délicieux est ton cœur, ô Ounnefer, fils d'Isis! Il a pris la couronne de la région supérieure; le titre de son père lui est reconnu dans la grande demeure de Seb. C'est Phra quand il parle, Thoth dans ses écrits. Les divins chefs sont satisfaits.

«Ce que ton père Seb a ordonné pour toi, que cela soit fait selon sa parole.»

C'est par celte espèce d'Ainsi soit-il égyptien que se termine l'hymne; il ne me reste plus à traduire que la formule de consécration du monument qui remplit les dernières lignes de l'inscription. En voici la teneur littérale; je me suis conformé au mot à mot pour ne pas dénaturer les tournures égyptiennes.

«Oblation à Osiris qui réside dans l'Occident, seigneur d'Abydos: qu'il accorde l'offrande funéraire: bœufs, oies, vêtements, miel, cire, et tous les dons de la végétation;

«De faire les transformations, de jouir du Nil céleste, de sortir en âme vivante, de voirie disque solaire au sommet de l'empyrée, d'aller et de venir dans le Ru-sat;

«Que l'âme ne soit pas repoussée du Neter-Ker;

[p.81]

«D'être accueilli parmi les zélés, en présence d'Ounnefer, de prendre des aliments sur les autels du Dieu grand, de respirer le souffle délicieux de l'air et de boire au courant du fleuve;

«A l'intendant des troupeaux d'Ammon, Amen-mès, justifié, fils de la dame Hen-t, son épouse qui t'aime.»

Le nom de Nefer-t-ari, qui doit terminer la phrase, a été complètement martelé.

Ma traduction sera, je l'espère, facilement saisie par les égyptologues, car l'inscription peut être considérée, dans son ensemble comme présentant moins de difficultés qu'aucun autre texte de la même étendue. Toutefois, je ne me dissimule pas qu'un certain nombre de points demanderaient des justifications plus complètes; la nécessité de restreindre les citations hiéroglyphiques m'a obligé à ne traiter dans mes notes que les groupes les moins connus. Malgré des erreurs inévitables, et que les progrès de la science du déchiffrement ne tarderont pas à faire ressortir, j'ai la confiance que ma version rend d'une manière satisfaisante la lettre du texte. Il est beaucoup plus difficile d'en comprendre les données mythologiques. Je m'efforcerai néanmoins, dans la seconde partie de ce Mémoire, de présenter quelques rapprochements, insuffisants sans doute, mais qui ne seront peut-être pas tout à fait sans utilité pour l'étude des doctrines de l'antique Egypte.

(La suite à un prochain numéro.)


FOOTNOTES

1 Plutarque, sur Isis el Os., chap. lii.

2 Ammon au commencement.

3 Enfant d'Ammon.

4 Bien réservé.

5 Ammon dans la barque.

6 Le fils vient.

7 La servante.

8 Fils de la mère.

9 Ammon le belliqueux.

10 Aimant la justice.

11 La fille d'Ammon.

12 Mère royale.

13 Nourriture divine.

14 Le nom d'Ammon se distingue encore dans celui d'Amen-se-t, dont le martelage est incomplet.

15 Ce nom veut dire la vertu ou la splendeur du soleil. Le mot khou, que j'ni discuté dans mon Mém. sur les Insc. de Radesieh, note 69, admettait quelquefois, comme plusieurs autres mots égyptiens, une voyelle initiale. Tels sont tef et atef, père; stot et astot, trembler; khimou et akhimou, noms de certains astres; enfin les prépositions [glyphs]. Je transcris l'aspiration forte par kh.

16 J'adopte pour celle appréciation les vues développées par M. de Rougé, dans son Introduction au nouveau Catalogue des grands monuments égyptiens du Louvre.

17 M. Devéria, préoccupé de l'exiguïté de l'espace martelé, me propose de lire «Adoration d'Osiris par l'intendant des troupeaux d'Ammon Amen-mès et la dame Nefer-t-ari.» Il place ainsi l'hymne dans la bouche du défunt et non dans celle du consécrateur du monument. Cette opinion mérite considération; mais l'expression: il dit, qui vient ensuite et qui se rapporte à une seule personne, me décide à persister dans ma traduction.

18 [glyphs] SER. Ce groupe qualifie souvent les temples, les sanctuaires. A la ligne 13 du texte hiéroglyphique de Rosette, ser correspond à aùlouc-i et iulûxh dans le texte grec, et à la ligne 8, la formule em bo ser, in loco sancto, est rendue par le grec: [Greek].

19 [glyphs] AROU. Ce mot comme kheperou, transformations, est presque toujours déterminé par la momie debout; il y a entre ces deux expressions une certaine analogie de signification. Le parallélisme de la phrase actuelle suffirait pour le faire présumer; les arou sont probablement les formes, les états d'être qui sont la conséquence des transformations, kheperou.

20 [glyphs] SHETA, secret, mystère. J'ai donné ailleurs quelques explications sur ce mot. De certains chapitres du rituel, il est dit qu'ils sont aa sheta, très-mystérieux, très-secrets, et il est interdit de les montrer à qui que ce soit. Une des plus belles stèles du Louvre contient les louanges d'un artiste éminent, nommé Iriousen. On y trouve, lignes 6, 7, la phrase suivante: aou rekh-ke-oua sheta en neter khrou, «Je connais aussi le secret de la langue divine, c'est-à-dire des hiéroglyphes.» Ceci nous apprend que la connaissance de la langue sacrée constituait, chez les Égyptiens, un mérite assez exceptionnel pour qu'il fût jugé digne d'être mentionné dans une épitaphe.

21  Comp. Todt., chap. cxlii, 19 invoc.

22 [glyphs] WENT DJEF, cum felicitate. Djef est le nom hiérog. du parfum égyptien dont Plutarque nous a conservé la recette, et qu'il nomme [Greek] (Sur Isis et Os., dernier chapitre). Au témoignage de cet auteur, le kufi n'était pas seulement un parfum, car les Égyptiens le buvaient mélangea d'autres ingrédients; il agissait d'une manière favorable sur le corps et sur l'âme. Cette substance est représentée sous la forme de petits pains ovoïdes (Sharpe, Ég. inscr., pl. XVII). Du DJEF céleste présenté au nez des dieux (Todt, chap. lxxi, lig. 4), est peut-être dérivée l'ambroisie de l'Olympe grec. Employé comme verbe, djef signifie, au propre, embaumer, parfumer, et au figuré, combler de félicité, rendre heureux. Cf. Greene, XI, 2. AM TOT DJEF TEMMOU, «à la main gracieuse, rendant heureux les humains.» Sur l'obélisque de Luxor, face de Neuilly, il est dit de Ramsès: «La race de Tura est une avec lui pour accomplir ses royautés sur la terre à jamais,» et [glyphs] er djef Amen-pa, «pour rendre Thèbes bienheureuse.» Voy. aussi Todt. cv. lig. 4; ex, lig. 10; civ, lig. 2, etc. Ce mot revient plusieurs fois dans l'hymne.

23 Un des quartiers de Memphis.

24 Bubaste, suivant M. Brugsch, cité par M. Mariette (Ath. franc. = 1855, 98).

25 Cette région est souvent citée en rapport avec Osiris. Osiris est invoqué sous le litre d'Ame sainte, résidant dans la région de l'arbre Ner (Sharpe, Ég. insc, xcvii, 5). C'est peut-être Byblos, où l'arche d'Osiris fut recelée dans un tamarisque, [Greek].

26 [glyphs] SET. Ce groupe a souvent un second déterminatif, l'œil complet. Le sens veiller, surveiller, a déjà été proposé.

27 La tête de vautour ordinairement suivie des déterminatifs de l'espèce humaine, est une des dénominations assez nombreuses dans les hiéroglyphes, pour désigner les hommes en général. Ce même signe sert de déterminatif au groupe [glyphs], NRAOU, commander, maîtriser, duquel semble dériver le copte [Copt.], dux; mais il faut nécessairement distinguer entre ces deux expressions, dont la première comporte évidemment un sens moins restreint que la seconde. Dans des phrases comme celle-ci: [glyphs] IRI-EN-A HESS-T .... HERR-T NETEROU HIRS; «j'ai fait le désir des hommes el le plaisir des dieux, en outre,» (Prisse. Mon., pl. XVIII, lig. 1.) la tète de vautour désigne l'espèce humaine en antithèse avec le groupe qui nomme les dieux. Je citerai encore: NEHHOU-EN-EW SENB ONKH EN O NEB-T; «tous les hommes attendent de lui la santé et la vie.» (Stèle d'Entew. au Louvre, lig. 19.)

28 Le To-sar. Sur celle localité mystique, voyez S. Birch, On a remark. inscr., etc., note 51. C'est, d'après notre texte, un lieu que les mânes devaient traverser avant d'arriver à la demeure d'Osiris, l'Hadès égyptien.

29 [glyphs] TOUM DJEF KAOU WENT POU-T, litt.: «Un Atum béatifiant les êtres parmi les dieux.» Ce passage est embarrassant à cause de l'absence de déterminatif après le nom d'Atoum. [glyphs] exprime aussi la négation, mais avec celle acception, la phrase ne présenterait plus aucun sens raisonnable. J'ai préféré y voir une comparaison d'Osiris avec Atoum, autre forme solaire sur laquelle je reviendrai dans la suite de ce mémoire.

30 Le [Copt.] [Greek], l'abyssus, les eaux célestes.

31 [glyphs] KHANAP, retirer, extraire, exprimer en pressant, arracher: Cf. Todt, chap. XVII, lig. 65; a le puits de feu dévorant les corps, arrachant (khanap) les cœurs hors du corps.» Nous trouverons plus loin un second exemple de l'emploi de ce mot.

32 [glyphs] WENT, partir, provenir, revenir. Voy. S. Birch, loc. cit., note 9.

33 [glyphs], MESESS. Les déterminatifs sont la voûte du ciel et la voile, symbole du vent; c'est certainement l'air atmosphérique, l'air respirable. Au livre du Sin Sinon, on trouve l'expression her nem meses went ek, «trouvant l'air de ses narines;» dans cet exemple, meses est déterminé par l'hiéroglyphe du nez. Nous trouvons ensuite: meses en ew kho, il aère l'espace.

34  [glyphs] KHO. Ce mot, suivi de l'angle, déterminatif des dénominations géographiques, ne peut signifier que l'étendue, l'espace vide dans lequel se meuvent les astres. Je le retrouve à la ligne 20.

35 [glyphs] KHIMOU SEKOU et [glyphs] orthog. pleine [glyphs], KHIMOU OERTOU. Ainsi sont nommées certaines divinités que les peintures funéraires nous montrent traînant à la cordelle la barque du Soleil; l'étoile qui sert de déterminatif prouve que ce sont des astres ou des constellations. Nous voyons par notre texte que les Égyptiens se figuraient les khimou placés en face du Soleil qui y faisait ses résidences, c'est-à-dire qui y stationnait tour à tour. Ces fonctions conviendraient parfaitement aux constellations de l'écliptique, qui marquent dans le ciel la roule apparente du soleil. La vue perpétuelle de cet astre constituait une condition essentielle de la félicité d'outre tombe; aussi l'une des prières les plus fréquentes consistait à demander que le défunt devînt semblable aux KHIMOU SEKOU et aux khimou oertou, qui forment le cortège du dieu de la lumière et qui lui servent de gardes, ainsi que le Rituel nous l'enseigne (Todt, on, lig. t, 2). Pour admettre celte hypothèse, il n'est, d'ailleurs, pas nécessaire de supposer que les Égyptiens eussent coordonné ces astérismes à l'instar des douze signes du zodiaque grec.

Le mot [glyphs], KHIM, signifie ignorer, ne pas connaître; c'est l'opposé de [glyphs], REKH, savoir. Les astres dont nous nous occupons auraient donc été nommés les Inconnus. Toutefois, le mot khim peut être susceptible d'acceptions différentes.

Quant au groupe sekou, il suffit de le rapprocher du copte [Copt,], trahere ducere, d'où [Copt,] remigare. Oertou, déterminé par l'homme au repos, rappelle le copte [Copt,], qniescere, sedare. Il signifie se reposer, cesser d'agir, et s'emploie précisément pour exprimer le repos du rameur. Cf. Todt, cix , lig. 2 et cxlix, 7: «Je navigue sans m'arrêter (an oert) dans la barque du Soleil. On trouve aussi iri-a-en-ek hannou an oertou: «Je te fais des invocations sans cesse» (Sharpe, Ég. inscr., pl. I, lig. 7, 8), et: «Je ne m'arrête pas (oert) au milieu de leurs cachots.» (Todt, chap. xvii, Iig. 77.) Osiris est surnommé ERT-HET, immobile de cœur, inébranlable. Je suppose que, dans l'opinion des Égyptiens, les astres vers lesquels le soleil semble se diriger, étaient censés attelés à sa barque, ce sont les khimou sekou; ceux que le soleil a dépassés cessent d'agir, ce sont les khimou oertou. Les uns et les autres passent successivement du mouvement au repos, ce qui explique pourquoi les khimou oertou sont eux-mêmes représentés dans l'action de remorquer le soleil.

36 [glyphs], variante de [glyphs] djadjou. Voy. de Rougé, Inscr. d'Ahmès, p. 190, note 1. D'après le chapitre xviii du Rituel, ces personnages divins présidèrent à la justification d'Osiris. Ce sont probablement les dieux qui exercèrent un commandement pendant la guerre typhonienne, et leur nom doit être traduit: divins chefs, divins capitaines (comp. joj, caput). On voit, en effet (Todt, chap. xvii, lig. 62), que les djadjou combattirent les ennemis du Seigneur universel; et, Not. de Champ., p. 435: «Qu'ils combattirent le serpent.» Dans cette hypothèse, les Djadjou de Hon, de Taltou, de Sokhem auraient pris part à des événements ayant eu ces localités pour théâtre et les titres de djadjou du Soleil, d'Osiris, de tout dieu, de toute déesse, se rapporteraient à des services rendus pendant celte guerre. Une circonstance bizarre, c'est qu'Osiris lui-même est mentionné plusieurs fois au nombre des djadjou, défenseurs d'Osiris. Cette singularité s'expliquerait cependant par la participation d'Osiris, revenu à la vie, à la guerre qu'Horus et Isis firent à Seth.

37 [glyphs], TEHOU; l'orthographe habituelle est tebhou, copte [Copt.], prier, implorer; mais la forme tehou n'est nullement inusitée.

38 Les Asou. C'est un des degrés dans la hiérarchie des élus. On connaît encore les AMKHOU, pieux, dévoués; les hesou, zélés, fidèles; les khou, esprits, lumineux; les AKEROU, sages; les sahou, élus, choisis, etc. Le mot [glyphs], as, veut dire riche, précieux, rare. C'est le qualificatif ordinaire des pierres précieuses; il est dit d'un personnage nommé Haroua, dont la statuette est au Louvre: «Que son amour était la nourriture du pauvre, la bénédiction de l'infirme, et [glyphs], la richesse de celui qui n'a rien.» (Greene, Fouilles à Thèbes, pl. XI, 2.) Appliquée aux personnes, cette expression correspond à l'idée respectable, vénérable, auguste, illustre.

39 [glyphs] AM, avec la face humaine pour déterminatif, beau, joli.

40 Litt.: «Ils exaltent ([glyphs]) son nom en avant les exaucés par lui, tous. Tam a pour valeur radicale trancher, séparer, mettre à part; de là, le sens dérivé: distinguer, exalter, faire prédominer. [glyphs] tarp signifie accueillir, être favorable, exaucer. A l'avant-dernière ligne de l'inscription, nous trouvons le vœu que le défunt soit accueilli (tarp-tou) dans le lieu des zélés.

41 [glyphs], HAM KAHOU, qui jouit d'un bras, qui maîtrise; c'est le contraire de [glyphs], sans bras, débile, infirme. (Cf. supra, p. 72, note 4.)

42 Lorsqu'il est en parallélisme avec, mer, amour, désir, ce qui plaît, avec [glyphs], AMKHOU, dévoué, consacré, ou [glyphs], herr, contentement, agrément, le mot [glyphs], nos, conserve rarement le sens chanter, jouer d'un instrument, qui lui appartient dans certains cas. Il signifie alors volonté, désir, inclination, et lorsqu'il qualifie une personne: complaisant, fidèle, zélé, obsequiosus. Dans l'exemple que j'ai cité, page 69, note 7, un personnage se vante d'avoir fait (hesou retou), les désirs des hommes, et (herr neterou), le contentement des dieux. Sur les inscriptions de la statuette naophore, Outa-hor-soun se dit: dévoué (amkhoc) à son père et complaisant ou zélé (hos) pour sa mère. De même Peheri (Lepsius, Denk., A. 111, bl. 13) se proclame un fidèle (hesi) issu d'une race fidèle (hesou). M. Birch (On a remark, inscr. in the Bib. nat., note 52) a admis le sens ordres. Je crois, toutefois, qu'il faut distinguer entre [glyphs], nos, et [glyphs] qui exprime véritablement l'ordre, la volonté manifestée. Le sens chanter, célébrer, louer, convient à des phrases faciles à reconnaître. Dans celle que j'étudie, on pourrait lire: objet des complaisances de son père, amour de sa mère; mais il est impossible d'admettre ici une idée de sujétion, de soumission, puisque nous trouvons plus loin la même formule appliquée aux grands et aux petits dieux qui sont subordonnés à Osiris.

43 [glyphs] djerou, barrière, limite, borne, clôture. On lit, Lepsius, Denkm, abth., III, bl. 132: «Phra lui a placé ses frontières aux limites (djerou) de la lumière du soleil.» Et bl. 69: «Le roi a détruit Coush, il en a emporté les boulevards (djerou) comme s'ils n'avaient jamais existé.»

44 [glyphs] Je décompose en en em kahou, par le bras; les particules complexes sont d'un fréquent usage dans les hiéroglyphes.

45 [glyphs] MENMEN, le taureau, l'élément le plus considérable du troupeau. En hébreu בכר, gros bétail.

46  [glyphs] KHEN, mot que je n'ai pas encore rencontré ailleurs. Bien qu'il ne soit pas du nombre des groupes connus qui désignent des poissons, j'ai dû admettre ce sens, parce qu'il est difficile de croire que celle brandie importante du règne animal ait été oubliée dans une énumération aussi détaillée.

47 [glyphs] HERR. J'ai déjà parlé de ce mot, page 69, note 7; il a quelquefois pour déterminatif l'hiéroglyphe du cœur, et se trouve alors sous la forme [glyphs] ou [glyphs]. Au livre des Siosinou, il est dit du défunt qu'il a été agréable aux dieux en tout ce qu'il a fait (herr neterou). De même la fille du chef de Bakhten, parce qu'elle était très-belle, plut au roi plus que toute chose (herr en kher-ew er khet neb). Prisse, Mon., pl. XX , lig. 6.

48 [glyphs] SHEP. Ce mot n'est pas le copte [Copt.]. comme l'avait pensé Champollion. Il signifie incontestablement clarté, lumière.

49 [glyphs], BAH, couler, fluer, arroser, inonder. Cf. Prisse, Mon., pl. XVIII, côté sud, lig. 7. Bah en satou sen to, «leurs rayons inondent la terre.» Dans les inscriptions de Radesleh, il est dit, à propos de la citerne creusée par Séti, que l'eau y afflua (bah) abondamment.» Voy. mon Mém. sur ces inscrip., p. 17. Le dieu Bah, qui trône dans les campagnes d'ANERA, est probablement une forme particulière d'HAPI-MOU. Il reçoit le titre de père des dieux (Sharpe, Ég. inscr., pl. LVIII, lig. 39).

50 [glyphs], SENSEN, fraterniser, s'allier, s'associer. Comp. Todt., chap. xvii, lig. 89. Voy. aussi stèle de Djave, au Louvre: Sensen-en-ew hna neterou, «il s'allie avec les dieux.» Dans son traité avec les Khétas, Ramsès jure qu'à partir de ce jour il y aura bonne paix (hatap nefer) et bonne alliance (sensen nefer) entre lui et eux à jamais.

51 [glyphs], SAM, guider, conduire, accompagner; aussi: culte, service religieux. Voyez mon Mém., déjà cité, note 68.

52 [glyphs] MAK, soin, pensée, préoccupation; copte [Copt.]. L'exemple actuel est décisif. Isis accordait les mêmes soins à tous les défunts assimilés à son frère Osiris. Voyez Todt, cxlvi, 19: Mau-a Ese her makou-a, ma mère Isis prend soin de moi.

53 Le rapport pronominal indique qu'il s'agit des ennemis de la déesse.

54 [glyphs] Litt.: repoussement. Cette déroute des partisans de Seth a son analogue dans celle d'Apophis. Cf. Todt, chap. c, lig. 3: «J'attaque Apophis, je repousse sa marche.»

55 [glyphs] SHET KHEROU (j'adopte, pour ce dernier groupe, la lecture proposée par M. Birch), faire voix, s'énoncer. Le sens est que la déesse avait le don de l'éloquence. Isis présidait à la sagesse et à l'éloquence. Le perséa lui était particulièrement consacré, à ce que nous rapporte Plutarque, parce que cet arbre a les fruits en forme de cœur et les feuilles en forme de langue. Sur Isis et Os., chap. lxviii).

56 [glyphs] est la langue. Comp. Insc. de Kouban, lig. 18: «Hou est dans ta bouche, Kou est dans ton cœur, le lieu de ta langue (^) est le sanctuaire d-e la vérité.» Voy. aussi Todt, chap. lxviii, lig. 8; et Champollion, Not., p. 492.

57 [glyphs] OUH, manquer, être empêché, faillir.

58 [glyphs] HAH; chercher. Les stèles du Sérapéum ont fourni à M. Mariette une excellente preuve du sens de ce mot (Bull, arch., 1855, p. 95).

59 [glyphs] BAKAK, s'arrêter, se reposer. Ce sens est certain.

60 [glyphs] RER , tourner, faire le tour, circuler.

61 [glyphs] HAI déterminé par l'oiseau du mal, est une onomatopée.

62 Litt.: «lui n'étant pas trouvé.»

63 [glyphs] MOU, lumière, lueur.

64 [glyphs] MOU. Le déterminatif, une espèce de pain oblong, semble indiquer qu'il s'agit de quelque ingrédient de l'invention de la déesse. On sait qu'après son embaumement le corps d'Osiris devint lumineux. M. Devéria me suggère dubitativement le sens plumes, qui serait, en effet, en parallélisme avec les ailes mentionnées dans la phrase suivante. La question est embarrassante. Il y a ici, dans le texte, une intention de jeu de mots. (Voy. de Rougé, Mém. sur la stat. naophore, p. 20, note 1.)

65  [glyphs] TES. Ce mot s'emploie pour indiquer l'enterrement, le transport des morts à l'hypogée. Il signifie aussi porter, apporter.

66 [glyphs] NENNOU. Dans la phrase suivante, il est dit qu'Isis exprima les éléments d'Osiris et en refit un enfant; j'en conclus que les nennou qu'elle a portés étaient les racines, les principes desquels elle devait retirer ce nouvel être.

Le copie [Copt.], radix, autoriserait celle hypothèse. Ou pourrait cependant rapprocher ce passage de celui dans lequel Plutarque nous raconte qu'Isis fabriqua des images d'Osiris et les enterra dans différents endroits; mais le mot exact pour ce sens serait [glyphs] senen, effigie, image.

67 [glyphs] eaux, éléments, essences. Dans le conte des deux frères, traduit par M. de Rougé, il est dit que la femme créée pour Satou avait en elle l'eau, l'essence de tous les dieux. Cf. Lepsius, Denkm., abth. 111, bl. 201: «Le roi, fils d'Ammon, essence divine ([glyphs]) émanée de sa chair.» J'ai cité d'autres exemples, Insc. de Radesieh, note 51.

68 [glyphs] SHET MENA, admovere ubera. Voyez, sur les fonctions variées du verbe shet, mon Mém. déjà cité, note 61, et ci-dessus, page 9, note 4.

69  La traduction de ce passage est littérale. J'éprouve cependant quelques doutes en le comparant avec une formule presque identique qui se trouve dans un texte de la xier dynastie. (Sharpe, Ég. insc, pl. lxxix, lig. 9.) Dans cet endroit, l'expression [glyphs] em oua kahou, par un des bras, est suivie du signe tu, ce qui exigerait une interprétation différente. Malheureusement le contexte ne me fournit aucun éclaircissement.

70 [glyphs] BES, survenir, arriver, se réaliser. L'inscription de Kouban fournil un excellent exemple: «Si tu dis à ton père Hapi-mou: Amma bes mou, que l'eau arrive!» L'entrée des rois au temple de Ptah, à Memphis, pour la cérémonie du couronnement, se nommait Souten bes er neter-pa, le royal avènement au temple. Voyez Insc. de Rosette, lig. 9, et Lepsius, Denkm., 111, 124.

71 [glyphs] S-HOU, copte [Copt.], convenue, congregare.

72 [glyphs] Samiou. Sur la stèle de Saraneh, publiée par M. Birch dans son Mémoire sur l'inscription de Kouban, ce mot annonce la somme, le total de différents nombres additionnés. M. de Rougé a reconnu, de son côté, à ce que me dit M. Devéria, le sens s'assembler, se réunir, qui convient très-bien, en effet, au passage étudié.

73 Litt.: A son seigneur, c'est-à-dire à Osiris lui-même, le juge suprême des mortels.

74 Il s'agit de la justice de la grande demeure de Seb, c'est-à-dire de la terre, domaine spécial du Saturne égyptien.

75 Litt.: Sa parole de justice.

76 [glyphs] AP, estimer, juger, apprécier, évaluer, peut-être aussi compter, copte [Copt.]. On lit devant un scribe écrivant: ap khet mer pa, a l'intendant compte (ou estime) les choses» (Denkm. abth., II, bl. 56), et sur la belle inscription d'Entew, au Louvre: «C'est moi qui apprécie (ap) les tributs des chefs de tout le pays.» Au Rituel, chap. xiii, lig. 12, le défunt est réputé, apprécié (aptou) comme Khpra; chap. Lxxii, 2, il demande à être évalué (ap) à la valeur (ap) des dieux.

77 [glyphs] Ce groupe est habituellement suivi des déterminatifs de l'espèce humaine. Je n'en connais pas la lecture, mais je puis citer la variante [glyphs] HOMMOU, que j'ai relevée sur les inscriptions du tombeau dé Ramsès-Hik-hon, rapportées dans le grand ouvrage de la Commission prussienne; le passage correspond à Todt., chap. cxxiv, lig. 8. Ce groupe doit désigner les hommes et non s'appliquer à l'un des étals des mânes après la mort. On le rencontre dans la légende de Philopator Ier [glyphs], «sauveur royal des hommes;» et le litre d'Épiphane [Greek], correspond à [glyphs]. Il forme le troisième terme dans rémunération suivante: pour l'exaltation des dieux, pour la jubilation des déesses, pour l'acclamation des humains. Champollion, Not., p. 177.

78 [glyphs], Le nord tout entier. La corbeille de l'idée tout n'est répétée que deux fois dans d'autres exemples, et notamment dans l'Inscription de Rosette, ou ce groupe sert à désigner les Grecs. Les nations septentrionales étaient, pour les Égyptiens, le type de la barbarie.

79 [glyphs] KEN-TOU de KEN, tourner et détourner. La révolution du soleil (kentou en Aten est également mentionnée sur l'obélisque de Karnak (Denkm., abth. 111, bl. 22). Dans l'une des inscriptions d'Amarma (même ouv., bl. 79), je ils cette remarquable harangue au Soleil: «Toute la terre, pendant ta révolution, à ton lever, adresse des invocations à ta lumière, et à ton coucher pareillement.»

80 [glyphs], NEPRA, semence, graines. Voyez la légende des moissonneurs, Champollion, Not. 415.

81 [glyphs] Sessou, copte [Copt.], abondance, satiété. Cf. Prisse, Mon., pl. XVII, lig. 11: [glyphs] AU-MA-ENA HATA POU EN HAKAR SESSOU EN A AN-TI, «J'ai donné des pains à l'affamé, de mon abondance à celui qui n'avait rien.»

82 [glyphs] Khent, déterm. par l'hiéroglyphe du nez, indice des mouvements de l'âme. On trouve ce groupe en parallélisme avec haa, se réjouir, et hatap-het, satisfaction, aise. Denkm., abth., 111, 127 et 223.

83 Neb tehou, seigneur des supplications.

84 [glyphs] BO NEB. Litt.: tout lieu. Cette expression, souvent suivie des déterminatifs de l'espèce humaine, désigne l'universalité des hommes.

85 [glyphs] Banarou, excellent, doux, exquis. C'est un synonyme de neojemou et de KHENT étudiés plus haut. L'inscription d'Haroua, déjà citée, fournit un exemple remarquable de l'emploi des épithètes amkhou, hos, banar, nedjem et am. Il se lit ainsi:

Erpa ha neb-ew amkhou kher hen-t-ew hos kher banar-ro nedjem djet am-het en oer nedjes.
«Le noble chef, dévoué envers son maître, zélé envers sa maîtresse, agréable de bouche, doux de parole, gracieux pour le grand et le petit.»

Erpa est un adjectif de dignité. Je l'ai trouvé remplacé par le groupe, aa, grand, dans un passage du Rituel. Comp. Todi, xvii, 78, et l'endroit correspondant du papyrus Cadet. La valeur jeune, à laquelle quelques égyptologues semblent revenir, me paraît inadmissible. Le mot hiérog., pour cette acception, est RENPE, jeune, récent, nouveau. Le titre d'ERPA est attribué à des personnages parvenus à un âge avancé, si l'on en juge par l'énumération de leurs longs services, et très-souvent encore à des individus décédés. Dans le litre de Seb, le Chronos égyptien, le père des dieux, erpa neterou, il serait difficile d'admettre «le sens le plus jeune des dieux,» malgré le [Greek]; de Diodore. Le traducteur grec a dû confondre renpe, avec repa, les sons voyelles ayant pu d'ailleurs être identiques dans ces deux mois. Les exemples de ces confusions sont nombreux, ainsi qu'on en peut juger par les explications que donne Plutarque sur la signification des noms égyptiens d'Ammon, d'Osiris et de Manéros. Une variante importante du groupe qui nous occupe, nous offre la forme [glyphs], précisément dans le litre de Seb (voy. Rit. hiérat. de la dame Nsa-hor-phra, publié par la Comm. d'Egypte, passage correspondant à Todt, chap. xxvi, lig. 3). Le personnage assis, tenant le fouet, qui détermine ici le mot erpa, est un symbole de dignité, d'autorité et non de jeunesse. Seb est encore nommé erpa neb neboc, le plus noble des seigneurs, et non le plus jeune des seigneurs (Champollion, Notices, 524). Le préposé aux prophètes de Mont, Ensa-sou, ne se vantail certainement pas d'être jeune dans le palais d'Amenemha II. mais bien d'y être d'un rang élevé, éminent (erpa). Sharpe, Ég. insc, pl. LXXXVI, 9. J'ajouterai que le segment el l'œuf, signes du féminin, n'ont aucune valeur dans la signification du mot erpa. Ils sont simplement le déterminatif phonétique de la syllabe pa. J'ai rencontré dans des textes soignés le titre Seb, sous la forme pa neterou, au lieu de erpa neterou.

86  [glyphs], encore une expression analogue à celles que j'ai étudiées au commencement de la note précédente. Je ne connais pas la valeur phonétique du premier signe. On en trouve les équivalents: Champollion, Not., p. 385, et sur la stèle de Sevekhotep et de Sevekari, au Louvre.

87  [glyphs] KEN, déterminé par l'oiseau du mal. Le sens colère, violence, paraît convenir à ce mot. Comp. Sharpe, Ég. inscr., pl. LVIII, lig. 41-42.

88 [glyphs] OUT KEN, Birch (On a remark, inscr. in the Bib. nat., note 50) a discuté le mot out, qu'il traduit i émettre, mettre en avant, projeter. Ce savant cite out shaat, émettre des coups, des blessures, et out hou, jeter du mal, faire du mal. Out ken, émettre la violence, commettre la violence, est une expression analogue.

89 [glyphs], le phonétique est [glyphs], smefshef; ce mot est fréquemment en parallèle avec [glyphs], [Copt.], respect, crainte, vénération.

90 [glyphs] Fhou ou Fshou. Ce mot représente une idée analogue à celle qu'expriment les mots shefshef et snat. Osiris et Ammon reçoivent parfois le litre de Neb Fhou, seigneur de la crainte. Sur l'obélisque de Luxor, Ramsès est dit oer-fhou ham peh-ti, grand par la crainte (qu'il inspire), dominant par la valeur.

91 [glyphs] semble être une variante de [glyphs], [Copt.], le mal.

92 [glyphs] Je suis tente de voir dans ce groupe le thème antique du copte [Copt.], conceptio, fœtum edere, analogue à l'hébreu הרה HARAH, concipere, gravidare. On trouve, Todt, chap, lxvi, 1: a Je suis conçu (hoor) par Pakht et enfanté (mes) par Nerth.» La valeur sh, attribuée jusqu'à présent au veau couché, est discutable.

93 [glyphs] ERTA OUSAR, donuaut châtiment, [Copt.], damnum; peut-être faut-il lire erta em sa er, placé derrière (l'iniquité). Cette formule exprime la poursuite, la menace. Les pharaons conquérants sont dépeints comme des lions furieux après (em sa) leurs ennemis.