UN FRAGMENT DE LA LÉGENDE OSIRIAQUE

par

E. Revillout

[Extracted from Revue Egyptologique, tom. 2, (1881), pp. 10-15.]
 

Mon illustre maître et ami M. Chabas a depuis longtemps signalé dans le papyrus hiératique 344 de Leyde1 un passage qui semble se rapporter à la légende osiriaque. Il s'agit d'une formule magique récitée par Isis au profit d'Horus contre un serpent qui avait attaqué ce fils chéri, auquel l'auteur s'adresse en disant: «Ta mère2 a conçu. Tu as été enfanté. Elle a fait un charme, en pleurant, contre le serpent qui avait fait incursion contre toi.» La même anecdote se retrouve dans la stèle de Metternich publiée par M. Golenischaff, spécialement 1. 33, 1. 75 et suiv., 1. 189 et suiv., etc. Selon ce document, Horus, à peine né, avait été piqué par un scorpion et mordu par un serpent. Il ne donnait même plus signe de vie quand Isis parvint à le ranimer et à le guérir. Un autre fragment hiératique, publié par M. Chabas3, prouve que la tradition d'après laquelle Isis, la veuve abandonnée, avait conjuré l'aspic, reptile méchant, était assez répandue et très populaire. C'est donc avec un vif plaisir que j'ai retrouvé dans le papyrus démotique 65 de Leyde des détails [p.11] assez analogues, sur certains points, à ceux de la stèle de Metternich (1. 75 et suiv.), et qui complètent ce chapitre intéressant du mythe d'Horus, mythe au sujet duquel les temples ptolémaïques, les stèles et les papyrus nous ont fourni depuis quelque temps de si nombreux renseignements, concordants du reste, pour là plupart, avec les données de Plutarque.

Selon Plutarque, après la mort d'Osiris, Isis s'en alla en Syrie rechercher le corps de son mari que Set-Typhon avait jeté dans le fleuve. Elle séjourna assez longtemps à Byblos et ce fut là qu'elle retrouva Osiris. C'est également en Syrie que notre papyrus démotique place la scène du serpent. Horus, l'enfant posthume d'Osiris, est alors né et Isis l'invite à quitter la Syrie, (où, pendant l'usurpation de Set, elle l'avait d'abord caché, auprès du roi et de la reine de Byblos, dont Plutarque nous entretient si longuement,) et à revenir en Egypte, dont son père Osiris était le roi légitime.4

Mais, au moment où elle s'apprêtait à partir, le [p.12] jeune Horus, que notre texte appelle toujours frire oertep d'Anubis, (d'après la tradition conservée par Plutarque, qui faisait d'Anubis le fils d'Osiris et de Nephthys recueilli pieusement par Isis;) Horus, dis-je, se met à pleurer et à se plaindre parce qu'un serpent, envoyé par Set, vient de le piquer. Isis accourt à ses cris. Elle console son jeune enfant, lui dit de prendre courage, et lui enseigne le moyen de guérir la morsure venimeuse en la suçant. Ce moyen thérapeutique—qui serait détestable pour les morsures de chiens enragés—est en effet excellent contre les piqûres de serpent; et l'on comprend facilement comment cette pratique—et la légende qui s'y rattache—a pris place dans les recettes médico-magiques usitées en pareille occurrence. Voici le passage en question tel qu'il se trouve dans la colonne XIII de notre papyrus. (Planche VI de l'édition de M. Leemans.)

«Pour dire sur une morsure de serpent.»

«Je suis le frère resplendissant, oertep, d'Anubis (c'est-à-dire: Je suis Horus l'enfant). Ma mère deux fois bénie (?), Isis, vient,

—«Viens avec moi hors de la terre de Syrie5, de la forteresse de la terre de Hefennu, du pays de ces mangeurs d'hommes, dit Isis. Viens, ô mon fils, frère resplendissant, oer tep, d'Anubis.

«Lève-toi et viens en Egypte; car ton père Osiris est roi d'Égypte. Il est chef de la terre entière. Tous les dieux d'Égypte se rassemblent pour recevoir le sceptre de sa main.

—«Le Tiaou (l'abîme) et les autres .... m'ont apporté, (dit Horus,) un insecte ([Coptic]) qui est tombé sur ma nemti6 que j'ai fait attacher.7

—«Elle vient (Isis) à moi, vers ma blessure.—Je m'approche.—Je pleure.—S'approche Isis ma mère devant moi ([Coptic]).—Elle me dit: Ne pleure pas! mon fils, frère resplendissant, oertep, d'Anubis. Lèche avec ta langue, en toi, toute grosseur8 jusqu'aux [p.13] bouches (aux bords) de la blessure. Lèche les ouvertures de la blessure jusqu'aux bouches (aux bords) de ta nemta. Ce que tu lécheras tu l'avaleras. Point de germe9 ([Coptic]) en lui au monde! Car ta langue est celle du serpent sai10. Ta salive (?) celle du dieu Tum.

«Lèche de ta langue, en la promenant un moment sur le sang qui coule de cette blessure ([Coptic]) en incantant (en parlant sur) un peu d'huile. Tu l'incanteras sept fois. Tu la placeras sur la morsure chaque jour. Tu prendras une baude d'étoffe et la placeras sur elle.

«Ce que tu diras sur l'huile pour la placer sur la plaie chaque jour ([Coptic]).—S'approche Isis.—Elle parle à l'huile:—«Abertat!»—Elle se lamente ([Coptic]) sur l'huile hue »en disant:—Tu es incautée: j'ai fait mon incantation sur toi! ô huile! j'ai fait mon incantation sur toi! Tu es incautée par la main du serpent sai! Tu es incautée par la main de l'Être initial, (le premier!) J'ai fait mon incantation à jamais, huile d'herbe sueur du serpent sai, émanation du Kebir11 (du puissant).

—«C'est Isis qui parle à l'huile, à l'huile fine ([Coptic]):

«Goutte de fondre ([Coptic]) puisage ([Coptic]) du Tiaou (de l'abîme), qui descend du disque solaire le matin.—Tu prendras une goutte ([Coptic]) de la rosée le matin, celle qu'a jetée le ciel sur le sol à la face de toute plante. Tu feras (tomber) la goutte sur le membre après avoir fait cette formule d'adjuration:—Je t'expulserai, ô poison, delà plaie du frère resplendissant, oer tep, d'Anubis, (d'Horus) mon fils; car tu la remplis.—Tu feras ensuite la goutte, en disant:—Je te chasserai, ô venin, de la plaie d'un tel; car tu la remplis.—Faire ensuite la goutte.—Faire sept fois.»

Ainsi, selon la légende, Horus avait bien été mordu par un serpent, au début de ses luttes contre Set, et il avait été guéri par sa mère. C'était même en se conformant au formulaire d'Isis et en s'assimilant pour ainsi dire au dieu Horus, selon la méthode si exactement indiquée par M. Chabas,12 que l'égyptien, blessé par un serpent, pouvait être guéri. Nous avons vu par le papyrus hiératique 383 de Leyde, écrit sous l'époque des Ramessides, et par la stèle de Metternich, que cette tradition était fort ancienne quant au fond. Mais tous les détails contenus dans la version démotique qui nous a conservé ce chapitre du mythe d'Horus, le sont-ils également?—La chose est loin d'être aussi certaine.

Un fait me frappe surtout: c'est la concordance remarquable de notre papyrus avec Plutarque, en ce qui touche le séjour d'Isis et d'Horus en Syrie. Dans les versions un peu plus anciennes de la légende osiriaque on ne voit aucune trace de ce séjour en Syrie. Isis [p.14] se réfugie seulement auprès de Hor hut, seigneur de Masen13 et c'est Hor hut qui avec ses troupes combat pour eux. Loin que Horus vienne de Syrie,—selon les textes hiéroglyphiques connus, c'est lui au contraire qui y repousse Set,14 et M. J. de Rouge15 a même supposé que Set trouvait ses auxiliaires dans les tribus étrangères à l'Egypte; tandis que Horus s'appuyait sur les Egyptiens. Il y a donc évidemment sous ce rapport opposition complète entre la version ptolémaïque du mythe d'Horus et la, version romaine que nous trouvons à la fois dans Plutarque et dans notre papyrus démotique—également d'époque romaine et presque contemporain de l'auteur—quel qu'il soit—du traité d'Isis et d'Osiris. Si ensuite nous voulons rendre compte du changement de la tradition sous ce rapport nous ne voyons qu'une seule explication possible: c'est que le peuple, toujours enclin à l'évhémérisme—surtout à cette époque, qui est celle d'Evhémère—aura transformé peu à peu Hor hut, le roi des barbares16 dont parle un des textes traduits par M. de Rouge, qui arrive avec [p.15] ses vaisseaux et dont un des sanctuaires était à Tanis, en un roi de Syrie; ami d'Isis et de son fils, le roi légitime de l'Egypte. De là tout le récit amplifié de Plutarque au sujet du roi et de la reine de Byblos.17

Ceci n'est, bien entendu, qu'une pure conjecture sur un sujet intéressant, et qui mériterait d'être étudié par nos confrères en égyptologie.


FOOTNOTES

1 Papyrus égyptiens hiératiques du Musée de Leyde, avec les notices de M. Chabas, 1853 à 1862, p. 4 in fine.

2 Ibid. Pl. CIV, p. V, initio.

3 Papyrus Harris, par M. Chabas, p. 177. Voir aussi mon Roman de Setna—introduction—p. 18 et 20, note.

4 M. Naville, M. de Rougé, M. Brugsch nous ont donne de nombreux extraits des versions du mythe d'Horus contenues dans les textes hiéroglyphiques, spécialement dans les inscriptions du temple d'Edfou. Voici par exemple la traduction que M. J. de Rougé donne de l'une de ces inscriptions relatives à la naissance d'Horus et à son rétablissement comme roi légitime. (Voir Mythe d'Horus de M. Naville, pl. 22 et Mélanges d'arch., T. Il, 3e fasc, pour le texte et la traduction.)

«Le 18e jour du mois de Paophi Isis dit à Thot: Je suis enceinte des œuvres de mon frère Osiris. Thôt dit à Isis: Va dans la ville de Teb. Alors elle dit devant Hor Hut, seigneur do Mesen: Horus, vainqueur, est son nom; que la victoire soit à celui qui est dans ce sein! Lorsqu'elle fut venue à Mesen Hut, seigneur des dieux, dit à Thot, seigneur de la parole divine: Tu es scribe, rends un décret pour protéger Osiris, vivant en vérité! Thot prononça sou discours en paroles magiques: Honneur à toi, dieu du matin! Honneur à toi, Horus, qui glorifie lia! Honneur à toi, Hor Hut, dieu grand, seigneur du ciel! Voici que tes rayons sont en or! Jeune Apis, il est amené pour réunir les sept béliers au seigneur d'Abydos. N'es-tu pas venu pour combattre? Fais ployer l'échine à Set lorsque arrive Isis. Donne-lui (à Isis) la vertu qui conserve l'œuf dans le sens d'Isis. Protège sa substance!

«Lorsque les mois et les jours furent passés en Egypte, Isis mit au monde Horus à Kheb ([Greek] voir plus loin). Son cri parvint jusqu'au ciel, le 28 Pharmouti. Le cœur de Nephthys fut dans la joie; le seigneur de Mesen fut dans l'allégresse: les dieux et les déesses furent dans le ravissement.

«Lorsque les mois et les années furent passés en Egypte, Set arriva avec ses compagnons; il poussa des cris élevés, en disant: Je combattrai .... avec ses compagnons.

«Ra dit à Thot: Qu'est ce qu'on raconte de ce qui est entre Horus et Set? Thot répondit devant lui: Set a dit à Horus: Il faut que nous disions aux Matiu.......Horus dit à Set: Apporte les noms des hommes d'Egypte (avec Set?)--Ra dit à Thot: Qu'on amène Hut le dieu grand, seigneur du »ciel, seigneur de Mesen, seigneur des deux régions, le dieu grand, roi des barbares, avec ses compagnons, ses vaisseaux pour le repousser.

«Lorsque arriva Hor Hut, le dieu grand, seigneur du ciel, seigneur de Mesen, seigneur des deux régions, qui protège le faible contre le fort, et ses compagnons qui étaient avec lui, les Mesenu, et ses navires, et ses habu, et ses traits, et ses chaînes, et son dard, et ses armes qu'il avait d'habitude; ses t'anetu amenant mille hommes, Horus combattit et Horus se changea en disque ailé, lia dit: C'est l'image du soleil, mon fils Su. Ptah a fait la valeur de ton bras. Horus (Hor hut), seigneur do Mesen, tu es à Teb!

«Horus étant devenu vainqueur de Set, la déesse Isis dit à Horus (Hor hut), seigneur de Mesen Que le navire d'Horus, fils d'Isis, vienne! Isis dit à Horus, seigneur de Mesen: Place l'or sur la proue de ta barque, seigneur de Mesen! Hor ha, Aimak est celle d'Horus (la barque d'Horus). Il acclame la valeur de Ra, la force de su, l'ardeur et la terreur de ton bras. Tu la fais pénétrer dans ses membres, ô seigneur des dieux! Rends victorieux le fils d'Osiris, le fils d'Isis qui combat pour le trône de son père!

«Voici que Set fit son changement en hippopotame rouge; il remonta vers le midi avec ses compagnons, et Horus, (Hor hut,) seigneur de Mesen passa vers le nord de l'Égypte avec ses compagnons et ses barques. Horus, fils d'Isis avec sa mère Isis, était dans la barque qui portait Horus (Hor hut), seigneur de Mesen: Hor em hotep est son nom.

«Voici que Horus, seigneur de Mesen, Hor-hut, le dieu grand, seigneur du ciel, seigneur de Mesen, seigneur des deux régions, dit: Le fils de Nut dit à Set: Où es-tu, assassin do ton frère?—Voici que Set répondit: Je suis à Eléphantine, demeure aimée, et il prononça de grandes imprécations au sujet d'Isis et de son fils Horus, contre le ciel, en disant: Qu'il arrive une grande tempête du nord! Et Hor-hut, le dieu grand, le seigneur du ciel, le seigneur de Mesen, maître des deux régions, et ses navires, la tempête étant au milieu d'eux, atteignirent Set et ses compagnons au milieu du nome de Tes-hor, c'est-à-dire à Edfou.»

L'inscription analysée par M. de Rougé continue, au milieu de nombreuses lacunes, le récit des premières campagnes de Set contre le parti d'Horus. Dans ces divers textes dont M. Brugsch a donné aussi de nombreux extraits dans ses Inscriptions calendériques, son Dictionnaire géographique etc., c'est toujours Hor-hut, soigneur de Mesen, qui joue le principal rôle: celui de protecteur, de restaurateur et de tuteur du prince légitime; car Horus, fils d'Isis, était encore un enfant. Finalement il y eut un traité rédigé par le dieu Thot. D'après les clauses de ce traité, (conf. Todt., c. 17, col. 25) Horus eut l'Egypte du midi et Set l'Egypte du nord. De là venait, selon la tradition, le culte postérieur de la Basse-Égypte pour Set, (culte que reconnut officiellement la famille du roi Seti et de Ramses II et qui amena plus tard des réactions terribles, avec martelage du symbole de Set). Mais quand Horus, fils d'Isis, fut en âge de combattre, la trêve dut nécessairement finir. La seconde inscription d'Edfou, analysée brièvement aussi par M. de Rougé. dit en effet: «Horus grandit et devint fort, l'Horus valeureux, et il sortit, dehors. Il passa des années tranquilles: on adorait Horus et on maudissait Set, La guerre éclata donc de nouveau, Horus battit Set d'abord à Uat, puis à Sas hotep. Enfin il vint résider à Memphis et chassa Set hors d'Egypte. Dès lors: Horus devint seigneur de la Haute et de la Basse-Egypte: il se reposa sur le trône de son père Osiris; les dieux et les déesses étaient ses compagnons.» (Voir l'article cité de M. J. de Rougé.)

5 Xer. C'est le nom même qui traduit Syrie dans le décret trilingue de Canope. On le retrouve avec le même sens dans la Chronique démotique, les papyrus de Leyde, etc.

6 Partie du corps non encore déterminée. Elle est aussi mentionnée dans le pap. 385 de Leyde.

7 Envelopper de bandelettes.

8 [glyphs] (sic) mot à mot: toute élévation. Dans le courant de ce papyrus on trouve sans cesse des mots hiéroglyphiques ou hiératiques au milieu de phrases démotiques de très basse-époque et presque complètement coptes.

9 Il en est tout différemment, nous l'avons dit du germe de la rage qui s'acclimate, se multiplie dans l'être vivant.

10 Pour le serpent sai voir plus haut l'article sur les entretiens philosophiques d'une chatte et d'un singe.

11 [glyphs] n'est pas autre chose que l'hébreu [Heb.] fortis, magnus, arabe [Arabic] le grand est un des noms de Dieu chez les Arabes. Nous avons vu ailleurs que le serpent sai ou le mot Sai déterminé par le serpent (comme hir chef l'est parfois) symbolisait aussi la divinité suprême.

12«Ainsi que je l'ai démontré dans le papyrus Etais dont j'ai publié le texte et la traduction, les conjurations magiques employées par les Egyptiens se composent généralement:
    «1° de la mention d'un événement mythologique et le plus souvent de quelque fait relatif à la lutte d'Horus contre Set.
    «2° de l'identification du conjurateur avec une divinité dont il assume la puissance au moyen de la s conjuration.
    «3° enfin d'une injonction, quelquefois suivie d'une menace à la personne ou la chose conjurée.»

13 Dict. géogr., p. 298. Selon Edfou et Metternich, la naissance d'Horus eut lieu à Kheb (voir plus loin).

14 Ibid., p. 209 et 649. Conf. Brugsch, Dict. géogr. p. 701.

15 Mélanges d'archéologie, T. II, 3e fasc., p. 300.

16 [glyphs] M. Naville semble appliquer ces expressions aux Nubiens. Il est dit, en effet, (Mythe d'Horus, pl. 12,) au début des combats d'Hor-hut contre Set-Typhon qu'en Fan 363 du roi Hor chuti, Sa Majesté était encore en Nubie avec ses troupes [glyphs]. Mais que bientôt Ra s'embarqua avec ses compagnons et alla aborder à Teshor et qu'en ce moment, alors que Hor-hut était dans la barque de Ra, il dit à son père Hor chuti: Je vois les impies qui se révoltent contre leur seigneur. [glyphs]. Naville insiste beaucoup sur ces passages et comme immédiatement après commence l'a guerre contre Typhon et que Hor chuti [glyphs] se trouvé mentionné dans les principaux temples de Nubie, il en conclut qu'il s'agit d'une sorte d'invasion nubienne en Egypte, et que le prince Hor-hut, fils du roi-dieu nubien Hor chuti, avait bien l'intention de s'approprier pour son propre compte la couronne d'Égypte, c'est-à-dire l'héritage d'Osiris. On ne voit pas alors comment tout ceci rentre dans la légende osiriaque et comment surtout Isis veuve d'Osiris et son fils Horus viendraient aider ce nouveau prétendant au lieu de le combattre. D'ailleurs les textes de cette planche 12 semblent alors en contradiction formelle avec ceux de la planche 22 tirés du même temple d'Edfou et dont la traduction se trouve dans une des notes précédentes. Notons enfin que le nom de Hor chuti s'échange partout avec celui de Ra, et que, comme Har machis, ce nom désigne Ra lui-même (le soleil) dans une de ses formes mythologiques. (Le soleil des deux horizons.) Hor hut ne paraît donc pas être le fils de Hor chuti en qualité de roi do Nubie, mais tout simplement le fils du soleil, la forme active et militante du soleil, combattant, en l'an 363 de Ra, (c'est-à-dire au troisième jour épagomène, consacré à Set, de la première année du cycle sothiaque, composé de quatre années de 365 ans chaque,) contre le typhon, représentant les ténèbres et le mal. La barque elle-même dans laquelle Hor hut voyage est celle de Ra, autrement dit la barque solaire qui parcourt le monde entier. Il me semble donc que dans les textes d'Edfou deux mythes—parallèles il est vrai—sont mélangés: 1° le mythe du soleil combattant les ténèbres; 2° le mythe d'Horus, fils d'Osiris, vengeant l'Etre bon, son père, contre le principe du mal. C'est à l'ensemble de ces deux mythes que fait aussi allusion le décret de Rosette quand, à propos des révoltés de Lycopolis battus par Epiphane, il dit: «Il fit eux en anéantissement comme l'action de faire du soleil et (l'Horus, fils d'Isis, pour ceux qui firent impiété contre eux dans les lieux nommés, primitivement» (voir ma Chrestomathie démotique, p. 28 et 29).

La seule chose qui détonne ici, c'est la Nubie qui se trouve au midi de l'Egypte. Le soleil passant de là en Égypte, suivant le récit même de la planche 12, il aurait fallu plutôt le Pount, c'est-à-dire les pays d'Orient et plus spécialement l'Arabie. Cependant il est certain que [glyphs] désigne ordinairement d'une façon restreinte, le premier nome d'Égypte, le nome d'Éléphantine et d'une façon large la Nubie qui y touche (voir le Dict. géogr. de Brugsch, p. 615). Notons que c'est également à Elépliantine qu'au contraire, selon l'inscription de la planche 22, citée plus haut, Set était réfugié quand il défia ses ennemis, et qu'Hor hut, accompagné d'Isis, alla l'attaquer. C'est là une nouvelle preuve de la diversité des traditions qu'on a fusionnées à Edfou.

17 M. Brucsch, (Dict. géogr., p. 90, 899—902, 925 et 959), a donné la clef probable. Selon la stèle de Metternich, d'accord avec Hérodote (II, 165), et les documents cités plus haut, la naissance d'Horus et les accidents qui l'accompagnèrent auraient eu lieu aux confins extrêmes de la Syrie, à Natho ([glyphs]) de Buto, dans les marais de [glyphs] ([Coptic] d'Hérodote). Quant à Byblos, ce serait, une confusion avec [glyphs] mot désignant le papyrus, le [Greek] des Grecs.