ÉSOPE
ÉTAIT-IL JUIF OU ÉGYPTIEN?

A l'occasion de la découverte de nouvelles fables Syriaques1

par J. Zündel

[Extracted from RA, n.s. 3(1861): 354-69.]



On se rappelle en France certain imprimeur (Nicolas Rétif de la Bretonne) assez mauvais sujet, qui, quand il se trouvait à court d'argent, se mettait à son casier sans manuscrit quelconque et qui, faisant en même temps œuvre d'auteur, d'imprimeur et de prote, composait, en composant, de petites nouvelles fort jolies, dont l'idée mère lui était ordinairement fournie par quelque anecdote de cabaret. C'est pourtant de ce singulier recueil que Schiller a tiré le sujet de sa célèbre ballade du beau page de la comtesse de Saverne, cet «enfant pur comme un ange» qui, par la calomnie d'un camarade, devait périr dans une fournaise, et qui se trouve sauvé avant d'avoir connu son danger. Le compositeur du Freischütz (Robin des bois) a encadré ce récit de Schiller d'un magnifique commentaire de musique imitative, en faisant succéder à chaque strophe parlée un tableau d'harmonie.

Eh bien! cette perle littéraire ramassée d'un fumier par une main distraite, et si richement enchâssée par Schiller et Weber, n'a cependant eu de nos jours que son second temps d'éclat, puisqu'on s'est déjà raconté cette historiette il y a quelques milliers d'années sous les palmiers de Lahore, et qu'elle se trouve dans le conte de Soma-deva.

Il y a en effet quelque chose de si vivace dans une anecdote forte- ment conçue qu'elle est douée, pour ainsi dire, d'immortalité, et cette [p.355] immortalité des infiniment petits en littérature mérite d'être remarquée. Nous avons perdu la majeure partie des comédies grecques; cependant un essaim de mois ailés et méchants a échappé à cette ruine et, traversant l'océan des temps, nous sont arrivés aussi brillants, aussi venimeux que s'ils venaient d'éclore au soleil d'hier. Il en est de môme d'un genre littéraire plus modeste. Je crois que les fables d'Ésope sont aussi anciennes que les Pyramides, et ont dû regermer d'âge en âge, comme le blé des momies; je les crois en effet en grande partie originaires des bords du Nil, et je me propose d'en donner ici quelques preuves.

Parmi les numismatistes il est chose reçue maintenant que la tète de nègre qui se voit sur les médailles des Delphiens est la tête d'Ésope, dont le biographe grec fait ce portrait:2 Il avait le nez épaté, les lèvres fort avancées, il était noir, et de là vient son nom, qui signifie Éthiopien.3 Les Delphiens, après avoir glissé une patère d'or dans son bagage, le poursuivirent comme voleur et le précipitèrent d'un rocher. Mais l'oracle menaçant de venger la mort de l'innocent par la peste et la famine (Plutarque), ils payèrent une rançon sinon aux parents du pauvre esclave, qui n'en avait pas, au moins aux descendants de son maître (Hérodote). Indépendamment de ce portrait, que l'on croyait faussement devoir à la plume de Planude, moine de Constantinople. et sans insister beaucoup sur les rapports qui existent entre la mort du fabuliste et certains traits de la vie de Joseph, les orientalistes du siècle passé considéraient volontiers Ésope comme venu d'Orient, pays auquel le personnel de ses fables, singes, lions, autruches, paons et panthères, semblait mieux convenir qu'à la Grèce. Il serait assez malaisé de décider, dit d'Herbelot, «si les Arabes ont emprunté leurs fables des Grecs ou si les Grecs les ont prises aux Arabes. Il est cependant certain que celte manière d'instruire par des apologues est plus conforme au génie des Orientaux qu'à celui des peuples de l'Occident. On attribua dès lors le recueil original tantôt à Locraan l'Arabe, tantôt à Synlipas le Persan,» tantôt à quelque génie indien, égyptien ou juif. Mais sauf les deux derniers, aucun des prétendants, regardés de prés, ne peut supporter l'examen.

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Locman n'est qu'une assez mauvaise traduction du syriaque ou du grec, dont il a môme conservé ça et là des mots.4 Syntipas n'a de persan que le nom, c'est un recueil grec dont personne n'a jamais vu l'original persan, La mode de nos jours a cru devoir proclamer originales les fables indiennes, et la faculté de Bonn a couronné un de ses étudiants pour avoir soutenu cette thèse. Mais je crois que M. Welcker lui-même l'abandonnera, aujourd'hui que les deux hommes qui connaissent le mieux l'Inde ancienne, MM. A. Weber et Benfey, ont déclaré que la fable grecque, loin d'être l'écho de la fable indienne, en est au contraire le modèle, et que c'est probablement avec Alexandre le Grand que les fables ésopiques, reconnaissables encore dans le Hitopadesa et le Pantcha-tantra, ont fait le voyage de l'Europe en Orient.

D'Herbelot se serait-il donc trompé et la Grèce aurait-elle créé ce genre littéraire comme tant d'autres? Assurément non; car la physionomie orientale qui caractérise les apologues grecs de nos écoles devient encore bien plus prononcée à mesure que l'on remonte à leurs rédactions plus anciennes. Dans celle de Plutarque, par exemple, le cheval de la fable se trouve remplacé par un chameau; la cigale, qui avait chanté tout l'été, se transforme en scarabée5 qui souffre non pas des frimas de l'hiver, mais des eaux de l'inondation; le héros d'une des fables citées par Aristophane est le phénix de l'Egypte, et dans le recueil de Babrius qui, sous le ministère de M. Villemain, fut découvert au mont Athos, plusieurs animaux jouent le même rôle que dans les hiéroglyphes égyptiens, par exemple le serpent gardien, la grue et la grenouille. Babrius nomme expressément les Syriens comme inventeurs de l'apologue, et dans son recueil on reconnaît sans peine les renards de Samson (Juges, XV, 4), peut-être le fer nageant du prophète Elisée (Il Reg. 6),6 et certainement beaucoup d'hébraïsmes signalés par M. Hitzig. D'un autre côtelés Grecs eux-mêmes, comme Eschyle et Aristote, avouent avoir reçu des fables de l'Afrique, pays que plusieurs d'entre celles que nous possédons ont en effet pour théâtre dans leur plus ancienne forme. Par exemple le lion reconnaissant de l'esclave Androclès, fait dont le menteur Apion prétend avoir été témoin à Rome, est une histoire [p.357] qui arriva en Afrique à un Samien.7 La corneille qui au moyen (le petits cailloux jetés clans une cruche y fait monter l'eau, est chez Plutarque «un corbeau d'Afrique.» Selon Lucien, c'est un roi d'Égypte qui fit danser gravement des singes masqués et habillés de pourpre, et troubla toute la solennité par quelques noix jetées au milieu d'eux. C'est Amasis, roi d'Egypte, qui, selon Plutarque, tenta la sagesse d'Ésope par des questions subtiles, questions qui, en effet, comme celle sur la langue, le meilleur et le pire de tous les membres, sont conformes au génie des Égyptiens qui, à la fêle d'Harpocrate, avaient coutume de chanter: La langue est un bon génie, la langue est un mauvais esprit.

Vu ce costume décidément oriental de la fable antique, et attendu que le nègre bien constaté par les médailles ne peut être attribué ni aux Arabes, ni aux Persans, ni aux Indiens, le soussigné a proposé, il y a quelques années déjà,8 de le considérer comme un Éthiopien qui, originaire des bords du Nil bleu ou blanc, aurait été vendu d'abord en Egypte et serait venu ensuite par Naucratis et Samos en Grèce en y apportant le souvenir de ces fables qui circulaient alors parmi le bas peuple de l'Égypte, comme d'autres coules moraux ou satiriques parmi lesquels Bayle déjà a signalé l'histoire du roi Phéron cherchant péniblement à être guéri par une femme chaste. Mais voici qu'un docte rabbin réclame pour sa nation, sinon le noir fabuliste, du moins son bagage. Un petit volume de 67 fables inédites et syriaques à la main, M. Landsberger nous dit avec raison: «Les Syriens inventeurs de la fable, selon Babriuâ, peuvent, sans faire tort à la langue, s'entendre des Juifs, et voici un recueil syriaque qui est probablement la source du recueil arabe attribué à Locman et évidemment du recueil grec attribué à Syntipas; la traduction presque littérale du dernier a été faite à Sèbastopol.»9

Il y a en effet beaucoup a dire en faveur de cette nouvelle thèse, et en l'état actuel de la question, Ésope ne peut avoir été qu'Éthiopien ou Juif. Son nom même a été dernièrement assez ingénieusement dérivé de l'hysope dans ce sens que Salomon, qui (II Rois, 4, 32) prononça trois mille paraboles et qui a aussi parlé des arbres depuis le cédi-e du Liban jusqu'à l'hysope, aurait été l'auteur réel ou putatif d'un recueil de fables dans lesquelles les arbres, l'hysope surtout, auraient joué un rôle. De pareilles fables végétales se trouvent en [p.358] effet dans l'Ancien Testament, par exemple (Juges, 9, 8), où les arbres offrent la royauté inutilement à l'olivier et à la vigne pour accepter enfin celle de l'épine; de même le roi Joas (II Rois, 14, 9) refuse une entrevue personnelle à un rival par le symbole que le fils du buisson d'épines demanderait vainement en mariage la fille du cèdre du Liban. Toutefois ce ne sont pas là des fables strictement ésopiques, et si M. Landsberger suppose que de meilleures ont circulé avant elles en Palestine, cela est possible, mais il faudrait pouvoir le prouver. De plus la notice du Talmud qu'il cite, que le rabbin Jochanan Ben Sackai (mort 80 ans après Jésus-Christ) avait su par cœur les fables des renards, ne démontre pas que c'étaient des fables d'origine juive.

Telle est en effet la malheureuse ressemblance entre mon docte adversaire et moi, que chacun produit des probabilités en faveur de sa thème, mais qu'aucun de nous ne peut exhiber le recueil primitif.

Quand M. Landsberger, pour revendiquer en faveur des Juifs l'honneur d'avoir reconnu les premiers la royauté du lion, rappelle que le trône de Salomon était décoré de lions, je lui réponds que le trône de Sésostris et des rois éthiopiens étaient soutenus par le même animal.10 Quand il prouve que la fable du loup et de la cigogne fut racontée à Alexandrie par un rabbin qui parlait d'un ibis et d'un loup, je réponds que le rabbin peut avoir appris la fable aussi bien des Égyptiens qu'aux Égyptiens; lorsque, embarrassé de ce que le renard ne soit pas dans la Bible le type de la ruse, il remarque qu'il y est au moins, comme dans Babrius (Fables, II, 1.—Comparez Cantiques des cantiques, II, 15), l'ennemi des jardins et des vignes, je réponds qu'en égyptien être renard signifie être rusé (Seb.).

La découverte des nouvelles fables syriaques de la source du Recueil grec appelé Syntipas ne change rien à l'état de la question. Elle constate à la vérité que les Grecs du Bas-Empire sont redevables aux Syriens d'un recueil ésopique; môme il résulte d'une comparaison minutieuse avec Locnian que ce recueil arabe n'est aussi que la traduction de notre texte syriaque. Mais qu'est-ce que cela prouve pour les Grecs de la belle époque, où Platon et tant d'autres citent leur Ésope aussi familièrement que nous la Fontaine?

Si les Français du Canada venaient à oublier leur la Fontaine à tel point qu'il fallût leur en traduire un de l'espagnol ou de l'italien, est-ce qu'il s'ensuivrait que la Fontaine n'aurait jamais existé en [p.359] français? Les Grecs de la mer Noire qui, sous le duc de Sébastopol,11 acceptèrent un Ésope traduit du syriaque, ont prouvé seulement par là leur ignorance dans leur propre littérature. Loin donc de tenir enfin le recueil primitif dont Socrate, dans sa prison, choisit quelques morceaux pour les mettre en vers; loin de posséder la source de l'Ésope cité par Aristophane, nous n'avons ici, de l'aveu de son éditeur, qu'un recueil du quatrième siècle de noire ère, c'est-à-dire plus jeune que Phèdre, une rédaction secondaire qui, au lieu de faire droit en cette matière, sera sujette elle-même à la critique, dont la tâche sera de démêler le filon antique de l'alliage moderne.

Pour faciliter ce triage et pour multiplier les points de comparaison, l'érudition de notre rabbin a su tirer de précieux matériaux de la littérature de son peuple. Voici, par exemple, la fable de Ménènius Agrippa, vue à travers un prisme juif:

Un roi de Perse étant malade et près de la mort, ses médecins lui indiquèrent comme unique remède le lait de la lebija, c'est-à-dire de la lionne. Un d'entre eux s'offrit de lui procurer à l'instant ce précieux liquide, à condition que le roi lui donnât dix chèvres. Cela étant accordé, notre homme se rendit auprès d'une caverne dans laquelle une lionne allaitait ses petits. Le premier jour il. lui jeta une chèvre de loin, le second il s'approcha un peu plus et lui en lança une seconde, et ainsi plusieurs jours de suite, jusqu'à ce qu'enfin il devint familier avec la bête et put, en jouant avec elle, lui soutirer du lait. En rentrant chez lui il s'assit à moitié chemin et s'endormit.

En songe il crut voir que tous ses membres se disputaient entre eux. «Nous sommes les premiers entre tous, disaient les pieds; car si nous n'avions marché on ne serait pas arrivé à la lionne.—C'est nous qui méritons la préférence, répondirent les mains; il nous a fallu traire, sans quoi tout était manqué.» Les yeux dirent: «Nous sommes élevés à juste titre au-dessus de tous, car si nous n'avions montré le chemin, rien ne serait fait.» Le cœur répliqua: «C'est moi qui suis au premier rang; si je n'avais pas donné le conseil, qu'auriez-vous pu faire?» Enfin la langue dit: «Si je n'avais pas été, où en serait l'entreprise?» Alors tous de s'élever contre la langue. «Comment! tu oses le comparer à nous? toi qui demeures dans un endroit obscur, cachée dans les ténè- [p.360] bres et qui n'a pas d'os comme nous tous.» La langue répondit: «Aujourd'hui encore vous serez obligé de me reconnaître pour reine.»

Plein d'anxiété, l'homme se réveilla et s'en alla son chemin. Arrivé en ville, il se présenta au roi et lui dit: «Voici, mon maître, le lait de la kalbija (chienne).» Le roi, saisi d'une forte colère, commanda de pendre cet homme à l'instant. Pendant qu'on le conduisait au supplice, tous les membres pleurèrent et la langue leur dit: «Ne vous avais-je pas déclaré que vous n'étiez rien, et me reconnaîtrez-vous comme reine si je vous sauve?—Oui,» dirent-ils. Alors la langue décrier: «Amenez-moi vers le roi.» Cela fait, le roi dit à cet homme: «Tu m'as apporté du lait de kalbija pour hâter ma mort.—Qu'importe, répondit l'autre, quelle espèce de lait ce soit, pour peu qu'il te guérisse, et d'ailleurs on nomme une lebija (lionne) aussi kalbija.» On examina le lait et on trouva qu'il était d'une lionne. L'homme fut gracié, honoré, et les membres reconnurent la langue pour reine.

Le jeu de mot arabe sur lequel repose cette fable dépose contre son ancienneté, et toutes les autres citations que M. Landsberger emprunte au Talmud et aux Midrageh, c'est-à-dire à des collections formées depuis le troisième jusqu'au neuvième siècle de notre ère, sont loin de recevoir par ce cadre un cachet d'antiquité.

C'est donc aux preuves intrinsèques que notre ami s'attache, comme nous, pour trouver sur la charpente de la fable même l'empreinte d'une origine hébraïque. Suivant lui, le cerf fuyant et arrêté par sa belle ramure est un souvenir d'Absalon: Cervus imitatus est Absalonem, aurait dit la philologie d'autrefois. En avouant que ceci et d'autres analogies semblables ne m'ont pas convaincu, je me permets à mon tour quelques exemples égyptiens.

Tout le monde a remarqué le petit serpent qui décore inévitablement le casque du pharaon immédiatement au-dessus du front de Sa Majesté. Ce basilisque ou serpent royal est jusque dans le système de l'écriture démotique le signe déterminatif de toutes les couronnes, mitres, tiares, barrettes ou autres couvertures souveraines.12 Pourquoi? Parce que serpent13 signifie gardien, voyant, comme le nom de pharaon aussi, dérivant tous les deux de la racine our, ouar. Mais, dira-t-on, la racine grecque du mot de dragon et d'autres serpents14 signifie aussi le voyant; et sans parler des [p.361] légendes du moyen âge, nous trouvons, soit en Grèce, soit dans les récits indiens, beaucoup de dragons gardiens de trésors, de sources, etc.; de manière que le serpent ésopique qui enrichit son ami (Romul. II, M), ou qui garde une fontaine (Ibycus ed Schneidervin, 195), peut être originaire de pays fort différents. D'accord; mais la priorité de l'idée appartient aux Égyptiens, chez qui le basilisque se trouve déjà sur le casque du roi Sésertesen de la douzième dynastie.15

Si l'exemple précédent pèche peut-être par l'universalité, parce que, dira-t-on, le regard perçant (?) du reptile pouvait déterminer plusieurs nations indépendantes les unes des autres à le choisir pour symbole de la vigilance, il n'en est assurément pas de même de la grenouille boiteuse, type de l'imperfection.

Pour avoir habité longtemps les canaux touffus d'herbes, la grenouille se vante, chez Babrius (120), d'avoir étudié la botanique et s'offre comme médecin aux autres animaux. «Comment, s'écrie le renard, loi nous guérir, toi qui est boiteuse toi-même?» Cette épithète a tellement choqué les autres fabulistes que les uns ont corrigé: Toi qui est verte et pâle, tandis que les autres ont substitué à la grenouille un ver. Tout s'explique par la notice d'Horapollon, où l'on croit que la grenouille était aux yeux des Égyptiens le type de quelque chose d'imparfait et d'incomplet, parce qu'en naissant, ses pieds de derrière n'étant pas encore fendus, elle boite et rampe. Ce témoin, très-suspect en d'autres endroits, est ici pleinement confirmé par les monuments.

Très-souvent on voit un dieu égyptien offrir à un roi le symbole des années infinies, c'est-à-dire la branche de palmier entaillée d'encochas dans toute sa longueur et munie au bout d'une grenouille ou plutôt d'un têtard. Les encoches, comme tout le monde le sait, désignent les années, le têtard indique que la série figurée est incomplète.16 Les Egyptiens qui, chaque année, voyaient des milliers de grenouilles moitié faites sortir du limon de leurs champs, étaient tellement frappés de cette générâtio œquivoca (création du néant), qu'ils l'appliquèrent aussi à d'autres animaux, par exemple aux souris et aux abeilles, que dis-je! même aux hommes et aux dieux qui tous, selon eux, naissent imparfaits aux pieds. «J'apprends, dit Élien, que dans la Thébaïde, après une grêle, on voit [p.362] sur la terre des souris dont une partie est encore limon, l'autre déjà chair (II, 56). Diodore, en parlant des mômes souris de la Thébaïde (I, ch. 18), prétend que quelques-unes étaient entièrement formées jusqu'à la poitrine et les pieds de devant qui remuaient, tandis que le reste du corps, encore informe, restait à l'état de glèbe. Virgile, lorsqu'il décrit, à l'usage des campagnards, la méthode des Égyptiens de se procurer artificiellement des abeilles, les fait naître aussi les pieds imparfaits (Géorgiques, IV, 310).

Trunca pedum primo mox et stridentia pennis.

Cette idée, très-répandue du temps d'Auguste, se trouve déjà cinq siècles avant lui dans un fragment de Pindare découvert récemment. Le Nil, dil-il, en se retirant, crée dans l'humide chaleur du limon des chairs vivantes.17 Que les rats naissant ainsi après les grenouilles engagent alors la fameuse guerre de la Batrachomyomachie, qui en doutera? Les hauts faits d'Artarpay, Priscarpay, Méridarpay furent, j'en suis convaincu, déjà racontés dans le la Fontaine égyptien. Mais j'ai dit que les hommes aussi et les dieux naissent aux bords du Nil à la façon des grenouilles aux pieds imparfaits.

Le voyageur Eudoxe, qui fut présenté par Agésilas au roi Nectanébe, Taconte que, selon les Égyptiens, Jupiter ne pouvait d'abord pas marcher parce que ses pieds étaient naturellement joints comme dans une gaîne.18 Tout honteux, il se tint à l'écart; mais Isis, en séparant ses membres par une coupure,19 lui donna la faculté de marcher.20 Un fait tout semblable se lit en hiéroglyphes dans le Rituel funéraire, qui traite de la résurrection des morts et des phases successives de leur palingénésie. Chapitre 21-23, le défunt ouvre la bouche; chapitre 74,21 il ouvre les pieds; chapitre 75, il marche à Héliopolis pour y prendre sa place. De môme dans la légende hiéroglyphique qui accompagne le tableau d'une procession funéraire,22 on distingue les mots: «ouvrir les pieds afin qu'il marche.» On comprendra maintenant pourquoi chez les Grecs les Titans et les Géants, bref les fils de la Terre, ont invaria- [p.363] blement les pieds finissant en serpent: celte ressemblance avec le modeste tôlard est chez eux le cachet de l'autochtonie. Pour revenir à mon sujet, il existe une fable qui raconte que, dans l'absence de Prométhée, son nouvel apprenti, «le rusé,» pétrit à son tour une forme humaine qu'il plaça parmi celles du maître. Après la cuisson et malgré le souffle de vie inspiré à cette contrefaçon, elle ne put marcher et se trouva imparfaite par les pieds:

Trunca species hœsit in vestigiis.
Le limon avait manqué à son auteur.
Lutum ad faciendas illi defecit pedes.

Cette fable, prise dans un recueil relativement jeune,23 accuse par ce dernier trait l'origine égyptienne, môme dans son costume romain, et ce n'est pas par hasard que dans un autre recueil24 elle porte précisément le titre: Fabula ægyptiaca.

En abandonnant volontiers les conclusions que l'on peut tirer de la biographie d'Ésope en faveur de l'hypothèse qu'il était Éthiopien, et me rangeant, si l'on veut, à l'opinion que son nom de noir 25 n'est qu'un synonyme d'esclave, je serais beaucoup moins traitable pour les inductions qui résultent de la nature des fables elles-mêmes, et des hiéroglyphes inscrits dans leur charpente. lis proclament, ce me semble, que si tous les apologues de l'ancien recueil grec ne sont pas venus des bords du Nil, au moins il en est venu un bon contingent, ce qui n'empêche pas qu'un autre soit venu des bords du Jourdain. Une des rares citations de cet ancien recueil se trouve dans Aristophane et, par hasard, elle aussi porte le cachet égyptien:

«Les documents de votre noblesse, dit un flatteur aux oiseaux,26 se trouvent dans Ésope, qui prouve que vous êtes plus anciens duc le monde. Car, dit-il, lorsque l'alouette huppée, le premier-né des oiseaux, voulut ensevelir son père, la terre n'était pas encore faite, et force lui fut de l'enterrer dans sa propre tête.»

La huppe indienne, dit Elien, était originairement un jeune prince qui accompagna son père en exil. Une sépulture étant refu- [p.364] sôe à celui-ci dans la terre étrangère, le fils se fendit la tête et l'ensevelit dans sa tête, ce que voyant, le Soleil changea le fils en un bel oiseau de longue vie; mais de sa lête il fit croître un panache, une huppe comme monument27 du défunt.28 Quand Hérodote29 parle du phénix qui, tous les cinq cents ans, apporte de l'Arabie son père et l'ensevelit dans le temple du Soleil, l'on voit tout de suite que la tradition reçue du phénix renaissant de ses cendres est plus jeune que celle-ci, qui parle d'ensevelissement, et l'on se demande si le père de l'histoire ne s'en est pas peut-être laissé imposer par les prêtres d'Héliopolis qu'il cite, et si le phénix égyptien se trouve avoir aussi la huppe ou le panache, dans lequel l'imagination antique a voulu voir comme le saule pleureur sur une tombe. Parmi les monuments qui constatent amplement l'adoration de cet oiseau à Héliopolis (ville da Soleil), je nommerai l'inscription de l'obélisque, traduite par Hermapion, où il est question du sanctuaire du Phénix à Héliopolis.30 Le même sanctuaire dans la même ville est nommé sur un sarcophage de Londres. (Champol., Grammaire, p. 510, 1.) «Le principal des caractères de cet oiseau, dit M. Jomard, après en avoir énuméré tous les autres, est d'avoir une crête ou huppe sur la tête. Dans un bas-relief à Philae, elle est marquée parfaitement.»

Pline déjà en a parlé,31 et pour citer un exemple accessible à tout le monde, dans le Rituel funéraire publié par M. Lepsius l'on voit32 cet oiseau, auquel l'île de Tabène était consacrée,33 avec son nom hiéroglyphique (bennu)34 en toutes lettres et avec un double panache. Il est donc infiniment probable que l'alouette huppée qui figurait dans la plus ancienne rédaction d'Ésope n'est que le phénix égyptien qui, en voyageant vers l'ouest, a changé de costume comme [p.365] tous les autres personnages de la fable. La tortue est devenue un escargot; l'ibis, une cigogne; la mangouste un chien;35 mais la huppe a conservé le caractère du récit primitif.

Je suis fâché de ne pouvoir comprendre la moralité de ce récit, ou plutôt de ne le trouver pas entièrement conforme à la définition reçue de la fable ésopique. Mais puisqu'il se trouve expressément cité comme faisant partie de l'Ésope primitif, ne soyons pas plus catholique que le pape et modifions plutôt un peu nos idées en ce sens, que le genre n'étant pas encore bien dessiné alors, des contes, des historiettes et des dialogues, où tantôt des astres, tantôt des plantes ou des humains jouaient un rôle, pouvaient trouver leur place à côté d'apologues proprements dits, comme c'est le cas dans Phèdre et ses paraphrases du moyen âge, auxquelles, pour ce seul motif du mélange des genres, je ne voudrais nullement refuser une origine très-antique.

Au contraire, la gaucherie des premiers tâtonnements devait nécessairement mêler dans le recueil primitif de simples observations de la nature aux métaphores et aux symboles. Buffon, en traçant de main de maître le tableau du réveil d'Adam, nous montre le premier homme d'abord tout ébloui du soleil, si bien qu'il oublie qu'il a une âme, une existence à lui, et se croit soleil lui-même. Je ne m'étonne pas de la hardiesse d'un récit pareil quand je vois qu'en effet les peuples dans leur enfance n'ont fait que des épopées, c'est-à-dire que subjugués, éblouis par la magnificence de la nature, ils en redisaient les merveilles avant d'en venir aux épanchements de leur propre âme. Mais cette nature, tout en absorbant d'abord la pensée [p.366] humaine tout entière, se chargeait elle-même de son émancipation. Il y a une solidarité trop intime entre les phénomènes du dehors et les sentiments de l'âme pour que l'homme, en voyant la chute des feuilles, ne dût faire un retour sur sa propre fragilité, pour qu'en observant les luttes, les ruses et les misères des animaux, il ne dût pas voir comme bondir ses propres passions devant ses yeux. C'est ainsi que dans le langage primitif nous voyons éclore sur la tige d'une intuition toute matérielle le germe d'une idée morale.

Que ce soit alors par une métaphore ou par une fable que celte idée se formule, n'importe; le fait subsiste que la nature extérieure s'est, pour ainsi dire, chargée de l'éducation de l'âme humaine en la réveillant par son sympathique appel. Cette phase de demi-réveil de l'âme, où elle commence à se rendre compte des éléments de son être moral, est l'époque où les enfants et les peuples aiment les fables. Mais on se tromperait fort si l'on se figurait que pour cela la morale elle-même dans son ensemble soit découverte. Je comprends très-bien le sentiment de Rousseau, qui protestait contre l'usage des fables dans l'éducation. Il y a en effet quelque chose de trop fragmentaire dans l'instinct de l'animal pour qu'il soit un digne modèle de la libre détermination de l'homme. Justement ce qui rend un animal propre à devenir le type précis d'une vertu ou d'un vice, savoir l'isolement, la spécialité de son instinct, lui ôte aussi tout le mérite du choix, tous les titres pour devenir le modèle de celui qui, portant dans son sein tous les instincts, est appelé à les dompter tous par un principe supérieur, celui de la conscience. Ce n'est donc pas la morale qui peut se traiter dans la fable, ce n'est que la casuistique; la morale ne se traite que dans la tragédie, dont le héros n'est pas l'animal, mais l'homme. On peut opposer proverbe à proverbe, fable à fable, ce n'est qu'en tragédie que les problèmes de morale se jugent sans appel.

En considérant la haute antiquité de la culture égyptienne, on est porté à croire que ses origines remontent au berceau de l'humanité elle-même, à cet âge où les fables naissaient aux hommes spontanément de l'intuition de la nature, et où la morale se trouvait encore dans les langes de l'enfance. Les données historiques ne démentent pas une telle manière de voir.

Il serait superflu d'exposer ici la large place qu'occupaient les symboles, ceux des animaux surtout, dans le culte, dans la langue et dans l'écriture de l'Egypte. Dans le culte, où le bœuf était le type du bien et l'âne rouge celui du mal; dans la langue, où «manger [p.367] son cœur» signifie repentir,36 et la dilatation du cœur exprime la joie; dans l'écriture, où un singe désigne un savant,37 et le moineau tout ce qu'il y a do plus méchant. Seulement, je ferai observer que dans le bas peuple qui ne savait pas lire, on tombait en présence des hiéroglyphes probablement dans la même erreur qui fut celle de nos pères, c'est-à-dire de prendre tous les hiéroglyphes pour symboles de greffer un sens moral et topique sur tous les objets physiques représentés, et de relier par une historiette quelconque, par une fable le plus souvent, l'idée et son signe. Erreur sans doute, mais qui pouvait engendrer maint ingénieux rapprochement, mainte fable bonne en elle-même.38 Par exemple, la guitare désignant «la bonté,» que de raisons de penser à l'influence bienfaisante de la musique! et cependant le théorie doit en égyptien ce sens à un simple rébus: nobre (bon) et nablium (guitare) s'y prononçant à peu près de même. Il en est ainsi d'un grand nombre d'autres hiéroglyphes, comme du veau exprimant la soif, et peut-être du serpent considéré comme gardien. Mais cet excès de symbolisme n'empêchait pas qu'cà côté de fables mal fondées, les prêtres n'en lissent circuler de meilleures, par exemple celle que Plutarque39 a conservée sur Mercure jouant au tric-trac avec la Lune pour tirer d'embarras sa maîtresse, conte qui popularise ingénieusement un fait astronomique.

Pour nous, peu importe l'origine naïve, savante ou populaire d'une fable, pour peu que nous y découvrions le cachet égyptien.

Quant à la morale, elle semble en effet avoir été en Egypte aussi pauvre qu'il la faut pour l'âge de la fable. Quand Sésosîris et sa femme,40 se réveillant dans un incendie, jettent leurs enfants dans [p.368] le brasier pour s'en faire un pont à travers le feu, c'est peu digne de la tragédie, c'est de la casuistique pure; quand Amasis, tantôt dissolu, tantôt énergique, se compare lui-même à son arc, il semble avoir prévu une fable connue de Lessing; quand du métal de son crachoir il fait faire un Jupiter,41 il frise de très-près la fable de Babrius sur le sculpteur vendant la même statué, soit pour objet d'adoration dans un temple, soit pour simple ornement d'un tombeau,42 et quand le bon Hérodote nous raconte la peine que le roi Phéron eut de trouver une femme qui n'eût jamais été infidèle à son mari (II, p. 111), il se trouve à son insu en plein conte satirique. Ces exemples, il est vrai, ne sont tirés que de l'histoire d'Hérodote; mais les documents égyptiens déchiffrés aujourd'hui ne révèlent pas non plus une sphère plus élevée que la morale formulée en préceples isolés. Témoin l'espèce de décalogue renfermé dans le Rituel funéraire; témoin la collection des sentences, qui forme «le plus ancien livre (ou plutôt manuscrit) du monde,» c'est-à-dire le Papyrus Prisse traduit récemment par M. Chabas.43 «Le bonheur, y est-il dit, fait trouver la place bonne.» «Un petit échec fait trouver un homme très-vil.» Ne sont-ce pas là les mêmes banalités qui figurent en tête des fables? S'il est humiliant pour toi de servir un homme sage, ta conduite sera bonne auprès de Dieu, en ce qu'il fait que tu es parmi les petits. Ne dirait-on pas que notre moraliste est esclave aussi, comme Epictète, comme Ésope, qui avaient la pauvreté pour compagne de la philosophie,[Greek] «Ordonne ta conduite sans remords, applique ton intention au profit de ton maître.» Chaque fois que ce style bourgeois, habituel à tous les proverbes, prend de l'éclat, il se revêt d'images et de symboles: or du symbole à la fable il n'y a qu'un pas. «La bonne parole luit comme l'émeraude trouvée par la main des esclaves sur les cailloux: la courtisane est un sac de toutes sortes de fraudes.»

En terminant ces extraits et mon plaidoyer, je ne me dissimule pas que donner la moralité d'un côté et montrer de l'autre l'animal qui aurait pu être son type, ce n'est pas encore prouver l'existence de de l'apologue; mais la possibilité est grande qu'un jour quelque papyrus hiératique semblable à celai dont nous parlons nous révèle le recueil primitif, modèle de l'Esope grec; comme peut-être aussi [p.369] l'original des Dialogues des morts qu'Eudoxe traduisit de l'égyptien en grec. (Diogen. Laërt., VIII, p. 83.)

On ne niera pas l'existence de toute littérature profane du temps des pharaons quand on se rappelle le roman des Deux Frères traduit par M. de Rougé, roman d'un âge très-respectable.

Il se trouve à Turin un dessin sur papyrus représentant la bataille des chats et des souris, un oiseau grimpant sur un arbre moyennant une échelle, pour y faire visite à l'hippopotame qui y demeure; le renard, pâtre des oies; l'âne pinçant de la harpe, et d'autres scènes du monde renversé jouées par des animaux. Enfin la travestie complète d'un sacrifice qu'un âne pieux offre au renard Osiris. De môme, sur un papyrus du British Muséum se voit un hippopotame à table servi par un chien;44 le renard assis sur le trône, et le chat lui présentant le palmier, symbole d'une longue vie; le lion jouant aux dames avec l'âne sauvage, etc.

Cependant je n'ose citer ces dessins en faveur de ma thèse parce que, ne portant aucune date, ils peuvent être l'œuvre de l'époque des Ptolémés, et calqués en partie sur des modèles grecs. Que la gravité un peu monotone de la vie publique ait provoqué en Egypte comme ailleurs des parodies, rien de plus naturel. Les farces qui, au moyen âge, envahissaient nos églises aux fêtes de Noël45 trouvent un pendant dans la procession, décrite par Apulée,46 où Isis et son grave cortège sont précédés d'une folle mascarade, d'un ours en habit de femme traîné dans une voiture, d'un singe au bonnet phrygien, d'un âne ailé, etc. Mais Apulée est encore d'un âge trop récent pour faire autorité, et l'on reconnaît facilement dans l'ours Cybèle, dans le singe Paris, et dans l'âne Pégase.

J. Zundel.


FOOTNOTES

1 Misic d'Esupos. Die Fabein des Sophos, syrisches Original der griechischen fabein des Syntipas zum Erstenmal herausgogeben von D. Jul. Landsberger, Rabbiner in Darmstadl. Poien bei Muzbach, 1859, 8.

2 Voir les articles de MM. Prellor et Wieseler dans le Journal archéologique de Gerhard, XlV, 1856, p. 189,—Bullett. di Corr. archeol. 1852, p. 170,—Jahn Jahrhucher, 1857, p. 669.

3 [Greek].

4 Par exemple: [Greek]. M. Rôdiger prétend cependant que ce mot avait été reçu généralement dans la langue arabe. Il se pourrait alors qu'il fût traduit du syrien.

5 Dans la collection de Nevelet, 248.

6 Cf. Collection Furia, 27.

7 Elien, H. A., VII, 48, et surtout Pline, Hist. nat., VIII, 16.

8 Dans le Rheinisches Museum, 1846.

9 Cet intéressant détail a été découvert par le savant professeur bàlois K. L. Rôth.

10 A. Méroë (Beevanieh). Pyramide 10 du groupe A. Voir Lepsius, Expédil. Pl. V, 30. Ibid., 32, 35, 66, surtout 51.

11 Il y a eu quatre villes de ce nom; la plus célèbre, fondée par Catherine. c 11, ne peut nous regarder ici; les trois autres faisaient toutes partie de l'empire des Comnène de Trébizondo. (Noie de M. Roth.)

12 Brugsch, Grammaire démotique.

13 Champollion, Gramm., p. 52.

14 [Greek].

15 Voir l'obélisque de Bégey, dans Lepsius, Denkm., Abth. II. BI. 119.

16 Ce têtard à queue est très-visible à Dendérah dans les combles du temple où la déesse Lipiit offre à Osiris «la vie durable éternellement,» comme s'exprime la légende à coté. Leps. Expéd. Pruss., vol. IX, Abth. IV, 58.

17 [Greek].

18 [Greek]. Voir Plutarque, de Is. et Osir.

19 [Greek].

20 Plutarque, de Is. et Osir.

21 Todtenbuch, titre du chap., 74 [glyphs].*
*  Ce titre signifie, suivant M. de Rougé, chapitre d'ouvrir les jambes et d'être manifesté dans le monde. (Rev. arch., 1860, Études sur le Rituel.) Il se rapporte au mouvement de la résurrection, après l'immobilité de la mort; mais dans aucun endroit du livre il n'est question de réparer les jambes qui auraient été adhérentes. (Note de la rédaction.)

22 Wilkinson, Manners and customs, planche 8.

23 Phaedri fabulœ novœ XXXII, Num. IV. C'est le recueil de Perotto trouve par Janelli, ensuite dans un manuscrit du Vatican, par Angelo Mai.

24 Dans celui de Lamcrarius, M. Odry a déjà déclaré identiques nos deux fables dans son examen des Nouvelles fables de Phèdre.

25 Dans le catalogue d'auteur's nègres, dressé par l'abbé Grégoire (Paris, 1811), figure aussi le nom de notre fabuliste.

26 Aves, 47.

27 Hist. N. 5.

28 Il porte sur la tête le monument de son père, dit le Scholiaste de Théocrite VII, 23.

29 II, 73.

30 Ammianus Marcellinus, XVII, k.

31 Caput plumeo apice cohonestante.

32 Todtenbuch, 77, 3.

33 Brugsch, Géographie der Egypter, III, 9.

34 Le Bennu des Égyptiens q est une sorte de vanneau qui symbolise en effet la résurrection perpétuelle d'Osiris; c'est pour cela qu'il figure souvent sur les scarabées funéraires qui représentaient la môme idée; mais il existe aussi dans les hiéroglyphes une sorte de pluvier ou d'alouette huppée dont le rôle symbolique n'est pas encore bien connu. (Note de le rédaction.)

35 Voici encore un de ces changements de costume, où à la place d'un crocodile la fable occidentale met un abîme. Un proverbe grec disait d'un homme tûtu qu'il l'emportait sur son ànier, en faisant allusion à la fable (Furia, 139) de l'àne que son conducteur voulut vainement ramener dans le bon chemin en le tirant parla queue ([Greek]) jusqu'à ce que perdant patience, il le poussa lui-même dans l'abîme. Cette fable, connue d'Horace (Epist., I, 20, 15), ut ille

Qui maie parentem in rupes protrusit asellum,

se trouve représentée, je crois, sous sa forme égyptienne dans un petit tableau de Pompéii. Au milieu d'un paysage décoré de petits temples dont l'un est surmonté du serpent, à la manière prescrite dans l'inscription de Rosette (lig. lih), se passe une scène que, pour plus d'impartialité, je décris en empruntant les expressions de Piranesi (Pitture antiche d'Ercolano, vol. I, p. 48 et 253)Il y a beaucoup d'expression dans le conducteur qui retient de toutes ses forces, par la queue, son âne qui s'obstine à aller au-devant d'un crocodile sortant d'un fleuve qu'on pourrait conjecturer être le Nil. Je crois que personne ne pourrait imaginer une meilleure traduction égyptienne de la fable grecque que celle dudit tableau.

36 Dans le Todtenbuch cette expression désigne un péché. La coïncidence de ce mot, usité en cophte et dans l'ancien égyptien (Todtenbuch, 125, 27, 2) avec le précepte coimu de Pythagore [Greek] (Diogcu. Laërt., Vlil, 18), semble témoigner en faveur de la notice d'Antiphon (L. 1. VIII, 3), que Pythagore avait aussi appris la langue de l'Ègypte.

37 Horapollon (I, 16). C'est probablement ainsi que l'on assimilait cet animal à Thot, le «dieu deux fois grand qui instruit les dieux par ses livres,» comme s'exprime une légende hiéroglyphique à Dendérah (Leps. Expéd. Abth. IV, 70). Mais la ressemblance est, ce semble, purement phonétique, le cynocéphale s'appelant probablement tat ou tôt. Sur la planche citée, il figure (e) pour tet, dire?

38 Celle de Babrius, sur le paon et la grue, n'est issue que de l'explication problématique d'Horapollon sur le sens de la grue dans les hiéroglyphes. Comparez Babrius, p. 63, avec Horap., Il, p. 98.

39 De Iside et Osir., XII.

40 Herod., II, 107.

41 Herod., II, 173.

42 Herod., II, 172.

43 Babr., 30.

44  Le plus ancien livre du monde, étude de M. Chabas, Revue archéologique, 1858, 1er avril. Le savant traducteur croit pouvoir tenir pour certain que l'antiquité de ce traité remonte à une époque antérieure à Moïse.

45  A Beauvais, on introduisait dans l'église (le 14 janvier) une vierge avec un enfant assise sur un âne, on les menait en procession vers l'autel, et le refrain du Kyrie était alors hinham. La messe se terminait par ces mots du prêtre: Ite, missa est, ter hinhannabit. Selon un manuscrit âgé de 500 ans, on chantait en pareille occasion:

Ecce magnis auribus
Subjugalis filius
Astinusegregius
Asinorum dominus.

46 Metamorphos, 1 XI.